A la veille du début de la Coupe du monde et à quelques jours du premier match des Bleus, un étrange et heureux sentiment semble parcourir la France. Après une série de matchs de préparation plutôt réussie dans la forme et le fond (2 victoires, 1 nul), l’équipe de France de football semble enfin susciter ou ressusciter un nouvel élan derrière elle. Mais le chemin qui mène au stade Maracana de Rio sera semé d’embûches, à commencer par ce premier match des phases de poules dimanche  face à des Honduriens que l’on aurait tort de prendre pour des peintres.

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Qu’il est loin le temps des doutes, celui que la France avait initié en nos esprits avec force et courage depuis un euro 2008 complètement loupé, le premier d’une longue série, dont l’épisode de la grève du bus de Khnysna en 2010 fut certainement le point d’orgue. Manque de fond dans le jeu, personnalités détestables, le foot en France était devenu un secteur véritablement anxiogiène, asphyxiant les espoirs d’un peuple pourtant passionné par ce sport.

Au bord du précipice à l’automne, en raison d’une campagne de qualification laborieuse, la France a réussi l’incroyable pari de renverser une situation à son désavantage face à une formation ukrainienne sûrement plus préoccupée par d’autres sphères que celle du ballon rond. Un match retour incroyable au Stade de France (victoire 3-0 après une défaite 2-0 subie en Ukraine), suffit à régénérer une ferveur perdue depuis des lustres, et avec elle la renaissance d’un espoir porté par cette formulation patriotique « Impossible n’est pas français ! »

Franck Ribéry fut l’un des acteurs clés de ce match, relevant presque à lui seul, une équipe au genou à terre. Mais voilà Kaiser Franck ne participera pas au mondial 2014, la faute au mal du siècle. Qu’ à cela ne tienne, le peuple français semble faire fi de ce forfait, emporté par le renouveau d’une génération qui portera l’étendard français lors de l’Euro 2016 sur nos vertes contrées. Mais la blessure de Ribéry pourrait bien se révéler handicapante lorsqu’une rencontre demandera toute l’expérience nécessaire des grands rendez vous, auxquels l’impétuosité de la jeunesse ne pourrait seulement répondre. Et le premier match contre le Honduras s’annonce âpre.

Avec des joueurs qui font les beaux jours d’équipes aussi ténébreuses que Stoke ou Hull City, capables de tenir tête aux Three Lions la semaine passée, les Français devront s’attendre à un test viril. Au moins ce match aura le mérite de plonger la France dans le grand bain de cette messe footballistique, dont les Auriverdes tenteront d’apaiser à coup d’extrême onction, la colère qui gronde dans les strates d’une société brésilienne plus malade qu’il n’y parait. Un mal que les Bleus connaissent bien (certes pour des raisons autrement plus sportives), eux qui ont eu à subir pendant tant d’années l’ire d’un peuple irrité par la pauvreté de leur jeu, connivente malgré elle à un climat économique et social délétère. Mais tout çà, c’est du passé ? Hein Samir… Nous on ose y croire, juste pour l’illusion, celle d’un souvenir où la formule avait fonctionné, étirant l’arc d’un triomphe sur une décennie et une finale d’anthologie à Berlin. Ce dimanche 15 juin 2014, gageons qu’une nouvelle ère commence pour l’équipe de France, celle du succès. A tout apogée sa chute et après ?

Julien Naït-Bouda