Le Musée des Arts et Métiers présente, en collaboration avec 9e Art+, organisateur du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, une exposition associant l’œuvre d’Enki Bilal au patrimoine scientifique et technique du musée. Initialement prévu du 4 juin 2013 au 5 janvier 2014, l’évènement est prolongé jusqu’au 2 mars

 

 

Mécanhumanimal. Derrière ce néologisme se cachent un artiste, Enki Bilal, et un lieu, le Musée des Arts et Métiers. Jamais l’institution n’avait donné carte blanche à un artiste depuis sa création en 1794, pourtant cette exposition apparait comme une évidence.

En effet s’en remettre à E.Bilal pour cette grande première n’a rien du hasard tant l’œuvre de l’artiste est marquée par une réflexion sur les rapports entre l’homme et l’innovation technique.

 

L’auteur né en Yougoslavie, et arrivé à Paris au début des années 1960  publie sa première histoire, Le Bol maudit, dans le journal Pilote en 1972. Son premier album, La Croisière des Oubliés, sur un scénario de Pierre Christin, paraît trois ans plus tard aux Humanoïdes Associés. C’est en 1980 que débute dans Pilote la trilogie Nikopol, qui lui apportera la reconnaissance du public et des critiques. En 1987, il reçoit le grand prix du Festival d’Angoulême avant d’ouvrir un nouveau cycle l’année suivante avec la parution du Sommeil du Monstre. Trente-deux décembre (2003), Rendez-vous à Paris (2006) et Quatre ? (2007) complèteront la tétralogie.

Enki Bilal s’intéresse aussi au cinéma, il a réalisé en 1989 son premier long métrage, Bunker Palace Hôtel, suivi de  Tykho Moon en 1997 et Immortel, une adaptation libre de l’album La Foire aux Immortels, en 2004.

Un nouveau cycle de bandes dessinées est lancé en 2009 avec Animal’z, suivi par Julia & Roem (2011) parus chez Casterman.

 

L’installation permet de (re)découvrir l’œuvre complexe et fantastique d’E.Bilal débutée il y a plus de quarante ans. L’expression est plurielle, évoluant du noir et blanc à la couleur, de l’encre de Chine et des hachures à l’acrylique et aux pastels, de la bande dessinée au cinéma et à l’art contemporain.

Toute la diversité de ces travaux s’y trouve : une centaine de planches originales, de dessins et de toiles sont présentés. L’artiste a également sélectionné et renommé des objets issus des collections du Musée des Arts et Métiers. Après avoir transité par son imagination la machine à coudre Antoine se transforme en “machine à découdre d’lincohérence de pensée” et le Téléimprimeur Creed en “Orthographomètre de Pivot”.

 

En parcourant l’exposition le visiteur devient témoin d’un dialogue poétique tout droit sorti d’un songe où l’homme, l’animal et la machine se rencontrent. A travers cinq salles, à la fois distinctes et imbriquées, on découvre les thèmes majeurs qui nourrissent la réflexion de l’artiste : Passions humaines, Animaux, monstres et hybrides, Rêves de machines, Conflits et Planète.

Au détour d’un dessin cris d’animaux et grincements de rouages se font entendre, l’ambiance se fait plus inquiétante. Puis, après un mur d’écrans diffusant des interviews au ralenti (disponibles à vitesse normale sur le site internet de l’exposition), affleure une salle de bain et un miroir dont le sens apparait à celui qui s’en approche.

 

Cette expérience multi-sensorielle s’achève par un dernier lieu en forme de pont où la technologie est cette fois bien réelle. Un dispositif muséographique interactif et innovant donne à voir et à comprendre un objet phare d’Enki Bilal : le script-walker. Cet appareil, issu de l’album La Femme Piège (1986), permet d’envoyer des messages dans le passé. Grâce à une technologie 3D sans lunettes mise en place par Dassault Système, l’objet se manipule, se décortique, c’est ainsi l’expérience même du visiteur qui est remise en question. Car c’est peu être là que se situe la force de cette exposition, mettre côte à côte un futur fantasmé et un avenir qui prend forme peu à peu. Un futur qui se fera avec l’homme, l’animal et la machine. Un futur Mecanhumanimal?

 

Manuel Senut

 

« Mécahumanimal » jusqu’au 2 mars ; Musée des Arts et Métiers ; du mardi au dimanche ; 3,50€ pour les étudiants