Aux quatre coins de la capitale, des toilettes plus originales, amusantes et déjantées les unes que les autres n’attendent qu’une seule chose: qu’on descende au sous-sol leur rendre une petite visite.

 

Les toilettes conviviales du Très Honoré (35 Place du Marché Saint-Honoré, 75001 Paris)

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Le lieu : chic à l’étage, rétro-chic au sous-sol, le restaurant a ouvert ses portes en avril 2012. Une fois arrivé dans la salle du bas, on se retrouve plongé dans un décor des années folles, le lieu idéal pour un remake de Midnight in Paris de Woody Allen.

Les toilettes : « Les filles ont toujours quelque chose à se raconter », certifie Grégoire, gérant des salles. Du coup, le restaurant a décidé de placer côte à côte deux toilettes, sans cloison de séparation. Selon Grégoire, « les toilettes-doubles enrichissent la communication ». A noter que pour les filles sans amie ou qui souhaitent faire leurs besoins sans voisine, des toilettes simples existent aussi.

La réaction des clients : « Le midi, ils sont assez choqués, parce que c’est plutôt une clientèle business, explique Grégory. Le soir, certains viennent que pour voir les toilettes. »

La star qui s’y est soulagée : le joueur de tennis Henri Leconte a fêté ses 50 ans dans la superbe salle au sous-sol du restaurant. Sa femme Florentine a peut-être eu l’occasion de poursuivre une conversation passionnante là où la reine va habituellement seule.

 

Les toilettes geek du Dernier Bar avant la Fin du Monde (19 avenue Victoria, 75001 Paris)

SONY DSCLe lieu : ambiance geek garantie dans ce bar ouvert depuis juin 2012. Ordinateurs et consoles de jeux règnent en maître. Le Faucon Millenium de Han Solo (vaisseau spatial de Harrison Ford dans Star Wars) trône à l’entrée des escaliers descendant aux toilettes. Des masques de V pour Vendetta guettent également au tournant.

Les toilettes : les filles disposent d’un abattant japonais, muni d’une télécommande pour régler la puissance du jet qui vient lécher les fesses pour mieux les nettoyer. La télécommande sert certainement à pleins d’autres choses, mais « c’est écrit en japonais et on y comprend rien », confie Cyril, 40 ans, chargé de la programmation au sein du bar. Elles peuvent sinon faire leurs besoins en chansons, grâce à un contacteur qui déclenche un morceau de musique aléatoire lorsqu’on ouvre la porte des toilettes. « C’est le créateur du Donjon de Naheulbeuk (saga MP3 de John Lang, ndlr) qui s’est occupé des jingles », précise Cyril.

Quant aux garçons, ils bénéficient de pissotières high tech avec capteurs infrarouges intégrés ! Des jeux en flash sont proposés avec des urinoirs en réseau pour enregistrer ses meilleurs scores. « Pee to start » (Pisser pour commencer) s’affiche à l’écran fixé au-dessus de la pissotière. Il suffit ensuite d’orienter le jet d’urine pour déplacer le perso à droite ou à gauche. Au jeu des pingouins, le record à battre est de… « 70 pingouins dégommés », s’exclame Cyril. Il faut dire que le joueur-pisseur avait enquillé pas moins de neuf pintes avant d’exercer ses talents urinaires.

La réaction des clients : « Les clients se tirent la bourre, résume Cyril. Ce sont les seuls toilettes où j’ai vu des filles venir encourager des garçons à pisser. L’autre jour, il y avait trois nanas qui supportaient deux mecs en train de jouer. »

La star qui s’y est soulagée : le créateur de Final Fantasy a (forcément) adoré. Et Kyan Khojandi, l’humoriste de la série Bref, est déjà venu jouer au sous-sol du Dernier bar avant la fin du monde. Malheureusement, nous ne savons pas combien de pingouins il a renversé.

 

Les toilettes rock & roll du Belushi’s (159 Rue de Crimée, 75019 Paris)

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Le lieu : une ambiance anglo-saxonne et rock & roll. Plus qu’un bar, c’est une véritable auberge de jeunesse, ouverte depuis 2008 et comptabilisant quelque 380 lits. La clientèle est essentiellement anglophone. Des écrans de télé sont au quatre coins du bar aux dimensions américaines. Aux murs, posters de Michaël Jackson, Marylin Monroe, Las Vegas Parano, Pulp Fiction, Spiderman, les Beatles et bien d’autres encore sont à l’honneur.

Les toilettes : le célèbre logo des Rolling Stones est ici repris. La langue emblématique du groupe de rock & roll, figurant sur l’album Sticky Fingers sorti en 1971, a été retirée, pour, vous l’aurez compris, des raisons pratiques. Seule la bouche demeure.

La réaction des clients : « Beaucoup de gens font des photos. Des filles viennent dans les toilettes garçons juste pour voir les pissotières », raconte Tom, responsable des ressources humaines, avec un bel accent américain. Le concept est simple : « Pissing in the mouth » !

La star qui s’y est soulagée : Kurt Angle, champion olympique de lutte libre en 1996 à Atlanta et célèbre catcheur américain, a déjà déplacé sa masse musculaire jusqu’au sous-sol de l’établissement, où se situent les toilettes. Des membres du groupe de rock londoniens les Babyshambles ont aussi rendu visite au Belushi’s.

 

Les toilettes très hot du Lèche-Vin (13 rue Daval, 75011 Paris)

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Le lieu : un bar à la déco très catho, ouvert depuis le début des années 90. Les murs sont entièrement recouverts d’ornements. Statuettes de vierges côtoient icônes du Christ. Sont aussi fixés des crucifix et des tapisseries sont accrochées en plusieurs endroits, à côté de cartes postales de Jean-Paul II et de Benoît XVI. « On voulait une déco kitsch et originale, raconte Manu, le barman de 35 ans. Au départ, on a trouvé ce qu’il nous fallait dans des brocantes, puis après les clients nous ramenaient d’autres choses pour compléter la déco. »

SONY DSCLes toilettes : changement d’ambiance soudain. Un vrai contraste, voulu et assumé par ceux qui tiennent le bar. Des images pornos, extraites de magazines, prennent le relais des cartes postales de papes. Au Lèche-Vin, on ne fait pas dans la demi-mesure.

La réaction des clients : « En général, ils se marrent. S’ils sont choqués, ils ne le disent pas. Mais certains sont plus choqués par les toilettes à la turque que par la déco », précise Manu.

La star qui est venue s’y soulager : Joey Starr serait déjà passé au bar il y a une dizaine d’années, à une heure avancée de la nuit, pour acheter des cigarettes. Mais la légende ne dit pas s’il en a profité pour faire un tour aux toilettes. « Sinon, on a jamais eu de curés ni de bonnes sœurs », assure le barman.

 

Les toilettes osées du Café Oz (8 Boulevard Montmartre, 75009 Paris)

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Le lieu : un bar discothèque australien ouvert depuis cinq ans. Dans la file d’attente pour participer à l’ambiance survoltée à l’intérieur, les filles à talons côtoient les mecs aux pecs bien gonflés. La musique est à fond les ballons.

Les toilettes : « C’est un délire du patron », explique Jean-Marc, 31 ans, gérant du Café Oz des Grands Boulevards. S’il a choisi de mettre des filles au mur, au-dessus des pissotières, chez les garçons, le patron a carrément opté pour une mosaïque le représentant torse nu en train de jouer au rugby à l’entrée des toilettes filles.

La réaction des clients : « Au début, les clients sont plutôt surpris. Après, ils trouvent ça drôle. Les habitués choisissent la nana en face de laquelle ils aiment pisser », confie amusé Jean-Marc.

La star qui s’y est soulagée : « Le bar est un peu le QG du rugbyman Mathieu Bastareaud. Et apparemment, les toilettes lui plaisent puisqu’il revient dès qu’il est à Paris », constate le gérant.

 

Les toilettes de malade de l’Urgence Bar (45 rue Monsieur le Prince 75006)

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Le lieu : à deux pas des facs de médecine Paris Descartes et Pierre et Marie Curie, l’Urgence-Bar, ouvert depuis 2002, s’autodéfinit comme « le bar de malade ». Résultat : les cocktails sont servis dans des biberons, avec un vaste choix, du « Liposuccion » au « Don de sperme » en passant par le « Tampax » et bien d’autres encore. L’addition se présente sous la forme d’une feuille de soin. Des tableaux sur les murs rappellent les diverses pathologies qui affectent l’être humain. Au bar, on peut poser son verre – ou plutôt son biberon – sur des radios de bassins, des coloscopies… et même un scanner du crâne du patron !

Les toilettes : outre les coupes transversales, au niveau du bassin, du corps d’un homme affiché sur la porte des toilettes garçons et de celui d’une femme sur la porte des toilettes filles, un imposant cadre regroupe un nombre incalculable de photos. « Ce sont des photos de clients », précise Sven, 31 ans, responsable bar. Si les garçons montrent volontiers leur derrière, les filles ne sont pas en reste avec de jolies poitrines exposées.

La réaction des clients : « Ils sont généralement étonnés, raconte Sven. Ils appellent leurs potes pour qu’ils viennent voir. Ils charrient, du style « regarde comme il est poilu ». Et certains demandent à se faire prendre à leur tour en photo. On va dans la réserve pour le faire, c’est plus intime. Les photos changent constamment. »

La star qui s’y est soulagée : le rappeur Stomy Bugsy et la chanteuse Shy’m ont déjà bu un biberon à l’Urgence-Bar. Ont-ils trouvé l’inspiration face aux photos lorsqu’ils se sont rendus au petit coin ?

 

Les toilettes des toilettes du Milio (4 rue Charles Moureu, 75013 Paris)

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Le lieu : une sandwicherie couleur rouge jaune, ouverte depuis 1984, entourée d’établissements scolaires et universitaires. Le thème : musical, avec une guitare accrochée au mur, voisine d’un tambour et d’un mini accordéon. De nombreuses affiches de concerts et des pochettes de disques complètent la décoration.

Les toilettes : un escalier exigu mène au sous-sol. Une fois en bas, pas moins d’une cinquantaine de petits cadres vous attendent. Ils contiennent des photos… de toilettes. « Ce sont des photos perso, explique Christophe, 47 ans, gérant de la sandwicherie. Elles correspondent à des clichés que j’ai pu prendre un peu partout, lors de voyages en Asie, aux Etats-Unis, en Europe. C’est clairement dans les campagnes asiatiques que j’ai rencontré les toilettes les plus sales. »

La réaction des clients : « Les toilettes leur plaisent. Ils trouvent ça original. Voir des WC d’autres pays  qui n’utilisent pas les mêmes critères d’hygiène, c’est une aventure pour eux. »

La star qui s’y est soulagée : « Beaucoup de « fils de… » sont venus manger chez nous », assure Christophe. Mais comme certains sont des enfants de ministres actuellement en fonction, il préfère ne pas nous communiquer les noms. On ne fait pas de politique aux toilettes!

 

Les toilettes disco de l’Absurde Imposture (5 rue Eugène Sue, 75018 Paris)

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Le lieu: ouvert depuis 2010, le bar accueille aussi bien les habitués du quartier que les étudiants et les bobos du coin. Chacun est libre de mettre le son qu’il souhaite entendre. “Selon les clients, les morceaux choisis vont de l’électro minimale à de la musique traditionnelle latino-américaine ou du hip hop”, rapporte Edouard, le barman de 31 ans. Sur les tables, des collages de toutes sortes, reprenant des images de dessins animés, de séries télé ou encore des affiches de films réinterprétées. Des artistes différents sont exposés chaque mois dans le bar, avec pour résultat une déco plutôt éclectique.

Les toilettes: ici, la fête ne cesse jamais. Même aux toilettes, ça continue. Une pause pipi est tout sauf synonyme de moment de répit. En effet, à peine l’interrupteur enclenché, on se retrouve plongé dans une ambiance disco avec boule à facettes au plafond. De quoi entamer une danse endiablée et oublier la raison première de notre visite au petit coin. La porte d’entrée est couverte d’images des Bee Gees, d’Abba, de Fabrice Hernandez et bien d’autres groupes et chanteurs des années disco.

La réaction des clients: “Ils sont surpris et contents, raconte Edouard. Il y a souvent des filles qui viennent en after work et qui une fois passées par les toilettes disent à leurs copines d’aller voir comment c’est.”

La star qui s’y est soulagée: Miss Montmartre 2012 a déjà bu quelques chupitos (shots) à l’Absurde Imposture et en a certainement profité pour de se déhancher dans les toilettes, le temps d’un morceau disco.

 

Ludovic Bayle et Thomas Chenel

Photos: T.C.