Franky aime Nicole et Nicole aime Franky, mais comme il paraît que l’amour c’est plus drôle à trois, ou à sept, ou à vingt-deux… Bref, comme plus on est de fous plus on rit, Franky et Nicole vous aiment aussi et espèrent que vous les aimerez en retour. Difficile de résister au visage de Franky avec sa belle moustache voluptueuse, ses yeux de jade et sa chevelure so 80′s, et plus encore au corps de Nicole qui n’a pas encore de figure sur le quatrième de couverture.

Franky

Le mag BD de l’été ?

Franky (et Nicole), paru le 19  juin aux Requins Marteaux fleure bon la partouze bédéphilique. Ce magazine collectif volontiers axé sur le cul se fraye un chemin original dans la production actuelle à grand renfort d’humour déviant. Son point fort : son caractère très libertaire. Son point faible : un côté foutraque qui, bien qu’assumé, nous laisse parfois un peu sur la touche.

L’idée de base est simple : faire revivre Ferraille Illustré, le magazine culte des Requins Marteaux, volontairement à la marge grâce à son esprit décalé. Contrairement à son illustre ainé, Franky ne sort qu’une fois par an en librairie. Six mois après avoir affiché son visage mâle, il change de sexe et devient Nicole, pour mieux vous tenir chaud dans les longs soirs d’hiver. Ainsi, si les Requins Marteaux s’occupent de notre pimpant Franky, c’est l’éditeur Cornélius qui bichonne déjà la très attendue Nicole. Un projet à deux têtes donc, parfaitement prometteur.

L’héritier de Ferraille

Dommage alors que ce premier numéro soit parfois prétexte à de l’autopromotion tandis que le résultat final s’adresse plutôt à un public averti qu’au néophyte curieux. En effet, à trop miser sur l’originalité, difficile d’espérer conquérir un public trop large. Malheureusement, le lecteur le mieux averti risque de vite rester sur sa faim, la faute à des propositions pas toujours inédites. Ce Franky ressemble ainsi par moments à un beau catalogue d’un éditeur qui sait prendre des risques. Ici, il y a seulement moins de risques que d’habitude. De plus, si le format court convient bien à certains projets (l’efficace introduction avec l’ours Teddy de Morgan Navarro par exemple) il rend complètement hermétiques, en l’état, d’autres propositions (Polka sur autoroute de DUP, ou, dans une moindre mesure, Stream & Strain de Junelee et le strip de Renaud Thomas). Le reste marche plutôt bien avec même quelques beaux moments de bravoure.

Pour preuve, Le tordant Pile ou face de Baptiste Virot, le cradingue deuxième Kanerva de Petteri Tikkanen, le jouissif Les hömmes préfèrent les blönds de Winshluss et Khattou, les autres mondes farfelus de Tangui Jossic, Les rampants de Noémie Marsily qu’on aimerait beaucoup voir développer dans les prochains numéros et bien sûr les fantastiques aventures des Wrist Widow du Petit Ravioli.

Saluons donc comme il se doit ce petit mastodonte de 300 pages bourré de bédés atypiques. C’est certainement l’objet « hype » du moment qui trônera fièrement dans votre bibliothèque après vous avoir diverti sur le sable chaud. Une belle occasion de découvrir un catalogue singulier et de qualité. On attend peut-être simplement quelque chose de plus original pour les prochains numéros. C’est qu’avec des éditeurs de cette trempe, on est habitué à toujours plus d’exigence, même dans le « n’importe quoi » !

Matthieu Conzales