Le 10 juillet, Dominique Strauss-Kahn a accordé une interview à la chaîne CNN. Sûr de lui et porté à la critique, il y affiche sa vision personnelle de la crise en dénonçant la responsabilité du FMI et des dirigeants européens.

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La double faute du FMI

Dès le départ, le cadre est posé: le journaliste de CNN explique que la situation économique «n’a jamais été aussi mauvaise». Réponse de Dominique Strauss-Kahn: c’est notamment dû à la mauvaise gestion du FMI. Elle se serait révélée incompétente.
Cette institution internationale aurait mis en périls l’Europe, ou du moins, aurait été incapable de la sauver de la crise; et ce, par deux fautes.
La première d’entre elle est son mauvais calcul de proportionnalité entre la baisse des dépenses en vue de baisser la dette, et le ralentissement de la croissance s’en résultant. En effet, en échange de différents plans de sauvetage accordés à la Grèce, des mesures draconiennes limitant ses dépenses lui ont été demandées. Ces limites auraient donc été totalement sous-estimées puisqu’au final, le remède est devenu plus néfaste que le premier mal. La croissance en Grèce, puis en Europe, a été paralysée alors que le problème grec de départ n’aurait pas dû entraîner de si larges conséquences.

La seconde faute dénoncée chez le FMI  est son isolement par rapport à l’ensemble des pays européens. Celui-ci, posé comme simple partenaire de l’Europe sans plus d’influence, n’aurait ainsi pas pu peser assez dans les négociations pour une meilleur restructuration de la dette et pour une purification du système bancaire. Le mot «désastre» est choisi par Dominique Strauss-Kahn pour qualifier la situation de l’Europe une fois la crise débutée.

L’obstination et l’aveuglement des dirigeants européen dénoncés

«Une armée de lions menée par un mouton sera toujours battue par une armée de moutons menée par un lion». Cette expression utilisée lors de l’interview semble clairement résumer la vision de Dominique Strauss-Kahn à propos de l’Europe.

Les dirigeants européens, qui ne comprendraient pas vraiment ce qu’est la mondialisation, sont directement critiqués. Leur vision de l’Europe serait en effet celle d’un continent devant faire face à la mondialisation, alors qu’au contraire d’après l’interviewé, l’Europe doit œuvrer avec la mondialisation.
Raisonnant logiquement, Dominique Strauss-Kahn se pose en business man et explique “ce que tout le monde aurait du savoir”: lorsqu’il y a une perte, une dette, elle doit être réglée et assumée. Or pour des raisons politiques, les dirigeants n’auraient en aucun cas suivie cette ligne de conduite.
Le problème serait ainsi que les européens continuent à repousser tous les 6 mois  la même échéance de mise en place d’un vrai plan d’avenir de long terme en plaçant des sauvetages ponctuels. L’exemple de la Chypre est citée: les restrictions qui lui ont été demandées suite à la mise en place de liquidités pour les banques étouffent totalement l’économie. L’île ne risque donc pas de retrouver de la croissance à moyen et à long terme.

Synthétiquement, Dominique Strauss-Kahn tente de mettre fin à la question posée de «plus ou moins d’austérité et de déficits». Il explique que les débats doivent aujourd’hui se recentrer sur une politique restaurant la compétitivité européenne. La rigueur n’est pas une solution en soi si aucune route vers la croissance n’est ensuite prévue. Les dirigeants européens ne suivant pas cette double voie, l’ancien directeur du FMI affirme que rien n’a bougé depuis le début de la crise. Il se dit d’ailleurs frustré de voir que de petits pays comme la Grèce (ne représentant qu’1% du PIB européen) ou encore Chypre tournent l’Europe en misère.
Par retrouver sa compétitivité, il est vite sous-entendu que l’Union Européenne doit s’efforcer de retrouver son point fort de toujours qu’est son avance technologique.

Finalement, sur un plan plus international qu’uniquement européen, est pointé du doigt l’incapacité de l’Europe à se confondre en un tout. Si certains dirigeants connaissent bien la situation et les marches à suivre, cela leur est impossible de mettre ces dernières en œuvre. La structure actuelle empêche toute décision forte. Et c’est pourquoi l’union bancaire ne sera jamais établie selon Dominique Strauss-Kahn. «Ne sont fait que des déclarations et du bablabla» indique-t-il. Il est nécessaire selon lui d’avoir une Europe unie, et non divisée pour entreprendre des accords. Les actuelles négociations d’échange avec les États-Unis font office d’illustration. Divisés, les pays européens sont certain de se retrouver en désavantage et de ne pas acquérir chacun de leurs intérêts.
Cela est d’autant plus décevant, que si l’Europe réussissait à parler d’une seule voix, elle serait leader du monde. «Mais ce n’est pas le cas» précise rapidement l’ex-directeur du FMI.

Yonathan Van der Voort

Photo: Guillaume Paumier, CC-BY.