Connaissez-vous l’abeille, l’hermes, l’eusko, la mesure ou encore la pêche ? Ces devises vous ne les trouverez certainement pas sur le Forex (le fameux gigantesque marché des changes sur lequel transitent chaque jour, selon la Banque des règlements internationaux, quelques 4 000 milliards de dollars). Vous rencontrerez ces monnaies locales complémentaires dans quelques villes de France où elles ont cours, ou sont en cours de développement.

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Dans l’état libre de Bavière, au sud-est de l’Allemagne, les monnaies locales laissent un souvenir fort. Le wära était une de ces monnaies fondantes qui circulait à Schwanenkirchen dans les années 1930. Elle se base sur l’idée de « monnaie franche » imaginée par l’économiste belgo-allemand Silvio Gessel en 1918 (L’Ordre économique naturel). Les billets servaient à payer les salariés de la mine de charbon qui devaient les utiliser pour leurs dépenses courantes. La monnaie perdait 1 % de sa valeur chaque mois, à moins de payer un timbre pour compenser la baisse de la valeur. La peur de la sanction faisait circuler les billets entre les mains, jusqu’à leur retour à la mine, enclenchant un cycle vertueux pour l’économie locale. Malgré son succès, la monnaie fut interdite en octobre 1931, causant la fermeture définitive de la mine. En Autriche, le bourgmestre social-démocrate de Wörgl, Michael Untergruggenberger mit en place un système similaire.

Une relance de la consommation locale et “éthique”

Aujourd’hui, ces monnaies reviennent au-devant de la scène économique, en pleine crise de l’euro. Elles doivent permettre, selon les porteurs de ces projets, une relocalisation des échanges et une relance de la consommation locale et “éthique”. Par exemple, pour être membre du réseau de la Mesure, en circulation à Romans depuis mai 2011 (région Rhône-Alpes), le commerçant doit adhérer aux valeurs écologiques et citoyennes de l’association Commune Mesure. Quelque part dans la banlieue parisienne aussi, un projet de monnaie locale se construit. La pêche tire son nom – pour l’heure provisoire – d’un des quartiers de la ville de Montreuil. La monnaie n’est pas encore en circulation dans la ville, mais déjà, les porteurs du projet veulent lui prêter une portée régionale. A l’inverse des autres monnaies locales complémentaires, la pêche ne sera pas fondante. Du moins, pas à son lancement. Mais son utilité première est de relocaliser les échanges. Sur le site web de Montreuil en transition, l’association qui développe le projet, le but est clairement affiché : « renforcer l’économie réelle et locale, affaiblir l’économie spéculative et prédatrice ».

Villeneuve-sur-Lot pionnière dans ce domaine

C’est dans le Sud-Ouest que l’on retrouve la première trace des monnaies locales. L’abeille vient tout juste de fêter ces 3 ans. 112 entreprises de Villeneuve-sur-Lot et ses environs acceptent la monnaie. Un succès, même si de nombreux commerçants dans la ville ni ne connaissent, ni ne souhaitent utiliser la monnaie, qui  attire des appels à projets pour d’autres monnaies locales complémentaires. Dans le pays basque, Euskal Moneta a lancé l’eusko le premier janvier dernier. A Bordeaux, l’association Oublions le AAA portera l’hermès probablement d’ici la fin de l’année. Lorsqu’ils échangent un euro contre un eusko ou un hermès, les consommateurs aideront au financement d’associations, de projets d’utilité sociale et écologique. Et lorsqu’ils le dépenseront, ils contribueront activement à l’économie locale.

Marvin Nsombi

Photo: Flickr Licence CC