A moins de 40 jours avant la coupe du monde de football 2014 au Brésil, Rio poursuit sa mission « pacificatrice » dans les favelas de la capitale. Dans un esprit de reconquête et de sécurisation, cette vaste opération de pacification s’intensifie grandement depuis ces derniers mois.

Rio de Janeiro, favelas

Lins de Vasconcelos l’exemple d’un vaste programme de pacification des favelas de Rio

Sur les 6,3 millions d’habitants de Rio, 1,4 million vivent dans les 1000 favelas que compte la ville. Le 6 avril dernier, les favelas  de la zone nord de Rio virent une importante opération de police aux portes de leurs quartiers. Cette vaste campagne lancée par le gouvernement brésilien réunissait environ 370 membres des forces d’élites de police ainsi que des blindés de l’armée. En tout, un groupement considérable de 1000 membres des forces de sécurité. Neuf favelas de Lins de Vasconcelos ont été prises d’assaut en seulement quelques heures. Après avoir encerclé les différentes favelas de ce groupement, les forces de police ont fouillé les maisons et interrogé les suspects dans les diverses affaires d’armes et de trafic de drogue. Chargeurs de fusils et drogues ont été saisis.

Cette opération s’inscrit dans la campagne de pacification des favelas de Rio de Janeiro. Ayant un double but, elle a pour objectif de reconquérir ces quartiers contrôlés par des cartels de drogue, mais surtout de les sécuriser avant les festivités de la coupe de monde. Ce processus a vu le jour en 2008, dans la perspective du Mondial mais aussi des JO d’été de Rio qui auront lieu en 2016. Entre l’insécurité, problème majeur dans ce pays, et les plaintes d’abus dirigées vers la police, cette opération prend aujourd’hui une tournure différente.

José Mariano Beltrame, ministre de l’intérieur de l’état de Rio, a déclaré que cette opération était “une active demande de la population“. Néanmoins, après cet épisode du 6 avril, les habitants de Vasconcelos étaient nombreux à déplorer les abus et le zèle de certains membres de l’UPP (Unité de Police Pacificatrice), l’unité qui s’installe dans les favelas reconquises.

Entre insécurité et regain de violence : le résumé d’une critique active l’opération de « pacification »

Depuis ces derniers mois dans les favelas déjà pacifiées, les trafiquants n’hésitent pas à tirer sur les membres de la dite unité de police. Face à ces attaques qui ne font que renforcer la détermination du gouvernement, Beltrame a annoncé qu’il ne reculera pas. Cependant, la police est accusée de tortures et de corruption, ce qui accentue les critiques de ce programme. Dix policiers ont d’ailleurs été arrêtés suite au meurtre d’un maçon, torturé à mort.

A Rio, un tiers de la population vit dans les favelas.

A Rio, un tiers de la population vit dans les favelas.

A ce jour, 36 UPP ont été implantées dans plus de 300 favelas, où vivent 1,5 million de personne. En 6 ans, le taux d’homicide a chuté de 65 % dans l’ensemble des favelas pacifiées dans ce pays où l’insécurité est un problème autant substantiel que complexe. Le gouvernement a quant à lui accru son objectif, qui est de nettoyer les zones les plus dangereuses du pays, tout en tentant d’améliorer la sécurité pour les milliers de visiteurs attendus pour le mondial de cet été.

La difficulté du gouvernement à faire appliquer la « pacification »

Les évènements de la fin du mois d’avril illustrent bien les difficultés qu’éprouve le gouvernement à faire appliquer son programme. Après la mort d’un jeune lors d’un échange de tirs entre forces de l’ordre et criminels, cinq bus ont été incendiés dans la favela de Joquei. Selon la police, cet incident s’inscrit dans une opération contre un trafic de drogue sur la colline de Chapadao. Des émeutes ont également eu lieu dans une seconde favela – celle d’Alemao – suite à la mort d’une femme de 72 ans dans des circonstances qui restent encore indéterminées. Symptomatiques de la grande difficulté du gouvernement face aux trafiquants de drogue qui tentent de regagner du terrain, les incidents comme celui-ci ne sont plus isolés au Brésil. A l’instar des émeutes qui ont secoué Copacabana à la suite du décès d’un danseur de la favela de Pavao-Pavazinh. Encore une fois attribué à la police …

La « pacification » a un coût

A ce jour, le coût du mondial de football serait de 10 milliards d’euros. Ces diverses opérations de sécurisation, pacification et reconquête coutent extrêmement cher. Le mondial a une conséquence : celle de la hausse considérable des prix de l’immobilier et des loyers, surtout dans les favelas pacifiées. A l’encontre des volontés du gouvernement, la ville de Rio voit sa géographie bouleversée par la construction de nouvelles favelas. Certaines populations, parmi les plus pauvres, ne peuvent dorénavant plus se loger au sein de leurs propres quartiers où la hausse exorbitante des prix ne fait qu’influer de jour en jour.

C’est dans cette conjoncture qu’une nouvelle favela a vu le jour à quelques kilomètres de Maracane. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se réunissent désormais autour d’un ancien immeuble désaffecté. Certains sont là pour faire obstacle au gouvernement. D’autres pour faire pression. Mais tous cherchent à obtenir une aide au logement de la part de celui-ci. Une situation ironique au regard des opérations de pacification se déroulant dans les favelas plus anciennes.

Laura Bonnet