Les candidatures pour les élections départementales sont closes depuis le 16 février dernier. Les électeurs seront appelés aux urnes les 22 et 29 mars prochain pour élire les futurs conseillers départementaux. Or cette élection locale s’inscrit dans un contexte relativement inédit. Explications.

Entrée du Conseil Général de l'Hérault, Avril 2009 (Licence CC)

Entrée du Conseil Général de l’Hérault, Avril 2009 (Licence CC)

La nouvelle carte des cantons

Ne parlons plus d’élections cantonales : celles-ci ont en effet été remplacées par les élections départementales qui se tiendront en mars, selon de nouvelles dispositions inscrites dans la loi du 17 mai 2013. Le redécoupage cantonal en est un point essentiel. L’objectif étant de parvenir à un équilibre démographique satisfaisant selon le principe suivant : la population d’un canton ne doit pas s’écarter de plus de 20% de la moyenne du département. Cette prise en compte des profonds écarts démographiques locaux arrive à temps : certains cantons n’ont pas été modifiés depuis plus de deux cents ans… Les conseillers départementaux seront ainsi élus dans les 2 054 cantons issus de la réforme, et non plus 4000. Le nombre de conseillers reste lui sensiblement le même, puisqu’il passe de 4035 élus à 4108 en 2015.

Un nouveau mode de scrutin

Pour la première fois, les électeurs vont voter pour l’ensemble des conseillers départementaux. Jusqu’à présent, les élections avaient lieu tous les trois ans pour renouveler la moitié des conseillers généraux. Tous les conseillers élus en 2008 et 2011 seront donc remplacés par de nouveaux conseillers départementaux, dont la durée de mandat reste de six ans.

La mise en place d’un scrutin majoritaire binominal à deux tours est également une innovation majeure dans l’histoire des élections locales. Derrière cette dénomination un peu complexe se dessine une nouveauté : après le rééquilibrage démographique vient la parité. Rappelons que les femmes représentent aujourd’hui environ 13.5% des conseillers généraux sur l’ensemble du territoire. Une réalité qui appartiendra bientôt au passé : les élections départementales verront s’affronter des candidats formés en tandems, obligatoirement composés d’un homme et d’une femme. Dans son rapport publié jeudi dernier, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes rappelle que cette mesure n’encadre pas l’élection des exécutifs (président-e-s et vice-président-e-s).

Pour être élus au premier tour, les binômes devront obtenir la majorité des voix ainsi qu’un suffrage égal à au moins 25% des inscrits. Pour l’emporter au second tour, il leur faudra obtenir un suffrage supérieur à  12.5% des inscrits. Notons qu’un tel mode de scrutin ne favorise pas la candidature des petits partis qui ne peuvent espérer atteindre un tel suffrage. Le classique schéma triangulaire UMP, PS, FN semble une nouvelle fois prévisible.

Gare aux exceptions !

Il existe trois cas particuliers concernant les élections départementales qui n’auront pas lieu dans tous le territoire. Avis aux habitants de la capitale : Paris, à la fois commune et département, dispose déjà de son conseil départemental assimilé au conseil élu lors des municipales.

Dans le département du Rhône, les élections départementales ne concerneront pas non plus le territoire de la métropole de Lyon où les conseillers communautaires, devenus conseillers de la métropole lyonnaise, garderont les compétences départementales.

Enfin, la Guyane et la Martinique éliront une seule assemblée territoriale qui remplacera le conseil régional et départemental, lors des élections régionales de Décembre 2015.

Quels enjeux ?

À deux ans des présidentielles, les enjeux politiques sont dans tous les esprits. Suite aux élections municipales de 2014, la gauche a enregistré une perte historique de 151 villes de plus de 10 000 habitants au profit de la droite et, dans une plus faible mesure, de l’extrême droite. Qu’adviendra-t-il des 61 départements acquis à la gauche depuis les cantonales de 2011 ? Quels sont les départements susceptibles de basculer ? Le Front National est donné favoris dans les sondages, suivis par l’alliance de l’UMP et des centristes. Les conseillers des assemblées locales représentent souvent une réserve de cadres pour les partis politiques, dont manque sévèrement le parti de Marine Le Pen. Cette élection est donc cruciale, l’occasion idéale de placer dans les coulisses de précieux alliés de terrain.

L’abstention risque pourtant de peser lourd, tant les incertitudes persistent sur les compétences réelles exercées par nos départements. La réforme territoriale, toujours en discussion, avait longuement fait parler d’elle lorsque l’éventuelle suppression des départements avait été évoquée, pour finalement rester lettre morte. Les départements resteront les principaux garants de l’aide sociale, de l’éducation au niveau des collèges, de l’aménagement urbain et de la solidarité des territoires. Autant le dire, des enjeux croissants qui nous concernent tous. Mais alors pourquoi ce flou ? Ces préoccupations locales pourtant proches des citoyens ne semblent pas passionner les Français. L’image du mille-feuilles territorial persiste, s’accompagnant d’une défiance à l’égard de la classe politique dans son ensemble. La faible portée mobilisatrice des élections locales en général traduit aussi une mauvaise connaissance des enjeux attachés aux collectivités territoriales, victimes de nombreuses critiques. Parmi elles, le gaspillage dont feraient preuve les assemblées locales. Un comble pour des institutions dont le financement se voit asséché par la nécessité de faire des économies… Dans ce pessimisme ambiant, la démocratie encaisse le coup. Une chose est sûre : si les élections départementales sont loin d’enflammer les débats, le résultat du scrutin ne manquera pas de faire parler de lui.

 

Léa Duperrin