Tribune - Au lendemain de la victoire du “non” au référendum écossais, Paul Godefrood, militant UMP, pense que le vainqueur du scrutin n’est autre que le leader du camp du “oui”.

Lequel de ces deux hommes a réellement remporté le référendum écossais? (Image : DonkeyHotey /Licence CC)

Lequel de ces deux hommes a réellement remporté le référendum écossais? (Image : DonkeyHotey /Licence CC)

Vive l’Écosse indépendante !

Ce vendredi matin, en me réveillant, la première chose que j’avais en tête fut de me précipiter sur mon téléphone pour regarder les nouvelles du monde. Et plus particulièrement les nouvelles en provenance de Glasgow, Édimbourg et autre Aberdeen. Depuis de longs mois où je me suis passionné pour ce référendum, dans une quasi indifférence générale en France et en Europe, et même en Angleterre, jusqu’à deux semaines avant le vote, le jour était enfin arrivé où l’on allait savoir si les Écossais allaient avoir le courage de prendre leur destin entre les mains ou s’ils allaient imiter les Québécois de 1995, lorsque, reculant devant l’inconnu, 50.5% d’entre eux optèrent pour le non.

Malheureusement, c’est bien le No thanks qui l’a emporté. Au terme d’une campagne où l’on a usé alternativement de condescendance, de mépris, de méfiance puis de séduction envers les indépendantistes, le Royaume est resté Uni. La question qui se pose désormais est la suivante : pour combien de temps ?

Je pense en effet que le seul et grand vainqueur de ce scrutin est et reste Alex Salmond et avec lui, le SNP. Tout d’abord parce que 45% des Écossais ont donné leur suffrage à Alex Salmond, assez loin des 49% que les sondages laissaient entrevoir mais également largement au-delà des 25% de soutien que l’on pouvait recenser il y a seulement quelques mois. 45% des Écossais ont affirmé haut et fort que non, l’Écosse, ce n’était pas l’Angleterre, pas le même peuple, pas la même culture, pas la même vision de l’avenir. 45% des Écossais croient et croiront encore longtemps que l’Écosse ferait mieux de se détacher d’une « nation déclinante et dépassée » selon les bons mots du First Minister écossais. Mais plus important encore, l’indépendance est aujourd’hui une idée viable, sérieuse, une alternative ancrée dans les esprits.

Alex Salmond (Image:  Scottish Government / Licence CC)

Alex Salmond (Image: Scottish Government / Licence CC)

Mais le véritable tour de force d’Alex Salmond, plus encore que cette mobilisation exceptionnelle et que ce débat d’une très haute tenue, c’est d’avoir mis à genoux les politiciens de Londres et de les avoir forcés à donner ce qu’ils ne voulaient absolument pas lâcher : la dévolution max. Cette même dévolution max que Cameron a proposé de lui-même et qu’il avait refusé d’inscrire comme une possibilité référendaire. D’ici quelques mois, Holyrood aura probablement, en plus des pouvoirs sur l’éducation, la culture, l’agriculture et l’environnement, la capacité à lever les impôts qu’ils souhaitent et la gestion du NHS. Entre une Écosse indépendante mais partageant une monnaie commune avec le reste du Royaume-Uni, le même chef d’État et sans contrôle aux frontières et une Écosse modèle dévolution max, il y a, avouons-le, autant de différences qu’entre deux châteaux écossais dans la brume.

L’Écosse et le reste du Royaume-Uni sont en train de prendre des directions différentes et les changements institutionnels qui s’avancent vont encore renforcer cette divergence. D’autant plus que des voix s’élèvent déjà du côté de Cardiff et Londres pour que le Pays de Galles, l’Angleterre bénéficient aussi d’une plus grande autonomie. David Cameron, en pensant tuer définitivement le SNP d’Alex Salmond et les velléités d’indépendance, a au contraire permis son avènement. Il est à parier qu’il ne croyait pas lui-même, dans son discours de ce matin, que la question était réglée pour une génération. Car tous les facteurs sont réunis pour qu’un nouveau référendum se tienne. Dans 5 ans, dans 10 ans ou bien même dans 15 ans. Et avec lui, une véritable opportunité d’assister à la naissance d’une nation indépendante.

Paul Godefrood