Douze ans après son apparition française avec Loft Story, la télé-réalité s’impose dans le paysage audiovisuel français comme un succès incontestable. Néanmoins, pour demeurer sur les plus hautes vagues de l’audimat, elle initie aujourd’hui de nombreux changements structurels. Les échecs relatifs de la 7ème saison de Secret Story semblent représenter la partie plus traditionnelle de la télé-réalité n’ayant pas entrepris ce grand tournant, à l’inverse des Anges de la télé-réalité, par exemple, plus tournés vers les règles d’une nouvelle génération d’émissions.

 

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Un constat à succès qui s’impose.

C’est dit, le genre de télé-réalité est un succès. Celui-ci a pris forme dominante à la télévision par le biais de ses différentes caractéristiques de base. La première d’entre elles est son principe plutôt simple qui permet une adaptabilité à de nombreux types de sujet et donc intéressant tous les publics. On peut également noter son principe de “voyeurisme accepté” où le public ne culpabilise pas et s’identifie aisément aux candidats car ces derniers sont volontaires. Enfin, même avec des coûts de production faibles, de tels programmes peuvent entrer dans un cercle vertueux où les critiques de la télé-réalité, même négatives, finissent par en faire de la publicité. Les taux d’audience sont aveugles. Nul ne fait la différence entre le téléspectateur qui aime, celui qui regarde pour se faire une opinion uniquement, ou celui qui n’aime finalement pas.

Mais dorénavant, ayant élargie ses champs de compétences par sa prospérité, une partie des productions de télé-réalité passe à la deuxième étape !

Une nouvelle génération de télé-réalité usant de sa nature légitime et recherchée

Autrefois mise de coté par le monde médiatique, la télé-réalité apparaît aujourd’hui comme une structure attractive et acceptée par tous. C’est alors qu’est permis l‘émergence de nouveaux types d’émissions permettant de redresser l’audience par le biais «d’acteurs hors normes». Car usant avant tout d’inconnus à la base, elle se permet maintenant de faire appel à de nombreuses célébrités. Comme le rappellent les frères Jacques et Laurent Pourcel sur leur blog: «il y a 10 ans, aucun grand chef ne s’était risqué à se montrer dans une émission de télé-réalité dont le propos était la cuisine. Personne ne croyait au créneau, et aucun grand chef auréolé d’étoiles n’était prêt à se mettre en danger de la sorte sur les écrans». Tout le contraire se produit dans cette nouvelle génération de télé-réalité où l’on se presse pour y participer car cela amène beaucoup de notoriété.

Un double processus émerge finalement: Le premier est d’inviter des célébrités pour attirer le spectateur, et le second est de figurer un maximum au sein des médias, dorénavant plus ouverts et plus enclins à inviter ces même célébrités justement, pour faire parler de l’émission. Là où Secret Story n’use encore que d’inconnus pour produire ses émissions, les Anges font partis de la seconde génération dont les candidats – loin d’être de simples inconnus – sont d’ors et déjà des célébrités dans leur milieu; et le phénomène Nabila a largement utilisé les médias pour se faire tant connaitre du grand public. Ce revirement se vérifie également au près des jurys de plus en plus populaires. Un casting si prestigieux que celui de The Voice pour les membres du jury n’aurait probablement pas été possible il y a quelques années.

Une nouvelle génération de télé-réalité laissant une place majeure à la scénarisation: la scripted-reality

Accepté par de larges publiques en illustrant une dite réalité, ce genre se permet maintenant de dériver vers une forme scénarisant bien davantage cette matière première. Ce nouveau procédé semble porter ses fruits car les chaines n’hésitent plus à en user pour attirer le spectateur qui ne se satisfait plus d’une observation simple de candidats sans forte mise en scène. Apparaît alors la notion de scripted reality qui se définit comme un mélange de fiction et de télé-réalité. Ses critères communément acceptés sont essentiellement: une histoire plus ou moins vraie, des comédiens ou célébrités proches du vrai sans l’être, un titre à l’eau de rose auquel tout le monde peut s’identifier et un format temps plutôt court

C’est la complexité de ce nouveau genre, mélangeant fiction et réalité qui permet de susciter l’intérêt du téléspectateur comme l’indique le journaliste et sociologue Frédéric Martel. “Entre la série et la télé-réalité, il y a de nouvelles passerelles. Pour éviter la dispersion et au fond le programme inintéressant, il faut du « scripted » (de la fiction). Mais pour laisser une place au hasard, il faut de la réalité. Tout se mêle.” ajoute-t-il.

Quoi qu’il en soit, les chaines de télévisions s’y sont sérieusement intéressées. Une vingtaine de ces émissions s’affichent sur TF1, France 2, NRJ 12, M6 et W9 (Le jour où tout a basculé, si près de chez vous, face au doute, Hollywood Girls, Mon histoire vraie, Au nom de la vérité, Les ch’tis à Las Vegas…)

Les taux d’audience de ces scripted reality apparaissent comme une valeur sûre. Au nom de Vérité, par exemple, a fait décoller le nombre de téléspectateurs de TF1 en matinée avec une part d’audience moyenne de 17,5% par rapport à l’ensemble des chaines, lui permettant de rester régulièrement numéro 1 sur cette cible horaire. C’est d’autant plus rentable qu’il s’y allie des coûts faibles. Selon les données du Nouveau Paysage Audiovisuels (NPA), 26 minutes d’un programme de “scripted” pour les chaînes historiques reviennent à quelque 40 000 euros. Contre près de 100 000 euros pour la série de France 3 Plus belle la vie.

Si d’importantes télé-réalités comme Secret Story, The Voice ou encore La France a un incroyable talent ne peuvent être qualifiées directement de scripted reality, il semble que pour continuer à faire parler d’eux, elles ne peuvent que s’en rapprocher. A défaut, il en résulte une baisse d’audimat. Il ne s’agit plus de montrer du réel mais bien de le scénariser au maximum avec si possible des célébrités aux commandes. Le fait d’inclure un «combat des chefs» dans The Voice où les jurys peuvent se voler leurs candidats, de diviniser au maximum les candidats dans La France a un incroyable talent par des présentations longues et attachantes, ne font qu’accentuer la mise en scène. Cette dernière n’a jamais été autant mise en avant.

Yonathan Van der Voort