De notre envoyé spécial à Pavia.

Grillo, Berlusconi, Monti et Bersani : Le vote devait les départager. Il s’avère que cela n’a pas été le cas, plongeant l’Italie dans une crise politique.

Lorsqu’on arrive à Pavia à 22 heures, la ville est déjà calme. Le calme de cette petite ville, située à quelques kilomètres au sud de Milan, contraste avec l’excitation des marchés financiers à la suite d’élections générales qui ont rendu l’Italie ingouvernable. Bien qu’une majorité – et c’était prévu – s’est très nettement dégagée à la chambre des députés, il ne s’en dessine aucune au Sénat. Cela s’explique par le fait que le collège électoral diffère légèrement pour les deux scrutins (il faut avoir plus de 25 ans pour élire un sénateur, contre 18 pour élire un député). Par ailleurs, le vote des députés comprend une composante proportionnelle (un quart des sièges). Une autre particularité concerne l’élection des sénateurs. La répartition des sièges tient compte du poids démographique de chacune des vingt-deux régions. Chaque région attribue 55 % de ces sièges à la liste arrivée en tête, quel que soit son réel score.

Un bon score pour Silvio Berlusconi

A Pavia, « quasiment tous les étudiants sont partis en vacances, ils devraient revenir pour reprendre les cours cette semaine », nous explique Victoria. L’étudiante en science-politique ne peut comprendre comment Silvio Berlusconi a réussi à faire un si beau score. Il avait dû démissionner en nombre 2011 sous la pression des marchés financiers. L’Italie était sous le feu des investisseurs, sur fond de crise de l’euro. « Les gens disent toujours qu’ils n’aiment pas Silvio, et pourtant il réussit toujours à faire de bons résultats ». En effet, le PDL (Il Popolo Della Libertà), le parti du Cavaliere, en alliance avec Lega Nord, un parti xénophobe, a réussi à rafler 29.18 % des voix.

Silvio Berlusconi, comparait Monti et Balotelli. Ils ont tous les deux marqué deux buts, mais Monti a fait pleurer les italiens.

Il a réussi à faire mieux que Mario Monti. L’ancien commissaire européen, devenu président du conseil, a remis sa démission le 21 décembre dernier. De toute façon, les élections étaient déjà prévues pour 2013. Il professore a décidé de faire campagne au centre. Un pari risqué qu’il a perdu. Il n’aura pas réussi à faire, pendant la campagne, ce qu’a très bien fait Berlusconi : Faire rêver l’Italie. Comment faire rêver un peuple quand on ne jure que par l’assainissement budgétaire ? Dès sa prise de fonction, son gouvernement de techniciens s’est attaqué à la réforme des retraites. La ministre du Travail, Elsa Fornero, fondait en larmes en plein conseil des ministres. Il a réintégré l’IMU (une taxe foncière contestée du nord au sud du pays), et a effectué des réformes libérales (courageuses diront certains) du travail : il a banni le fameux article 18 du code du travail, qui impose la réintégration du salarié qui conteste un licenciement injustifié. En quatorze mois, il a redonné de la crédibilité à l’Italie, notamment en réalisant 90 milliards d’ajustement budgétaires. Le spread, indicateur très observé en Italie mesurant l’écart de taux d’intérêt entre les obligations italiennes et les obligations allemandes, a diminué, mais pas le chômage.

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Mario Monti, le grand perdant de ces élections.

 

Une campagne efficace de Beppe Grillo

Et tout cela a profité à Beppe Grillo, cet humoriste qui a glané des points dans les sondages grâce à une campagne blitzkrieg s’appuyant sur les meilleures idées de gauche et de droite, le tout mêlé à un sens de la mise en scène extraordinaire. Toute sa campagne s’est déroulée sur son blog, où l’on peut toujours voir ses saillies contre les partis traditionnels. Ainsi, lors du Vaffanculo Day en 2007, il a organisé un show dans lequel il souhaitait un parlement propre. Du haut de ses 25.5 %, il se pose comme arbitre mais il a refusé toute alliance. On a ainsi pu voir sur son blog cette affiche dans laquelle il qualifie Bersani de « mort qui parle ». Il évoquait même jeudi dernier sa volonté de présenter un gouvernement. La règle pour les élus de son parti est de décliner les interviews TV et radio. Ainsi, la député benjamine grilliniste, Marta Grande, ne commente pas les rumeurs qui la placeraient présidente de la Chambre.

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Beppe Grillo, leader du Mouvement 5 étoiles.

Pier Luigi Bersani, le chef de file du Parti Démocrate, arrivé en tête à l’assemblée nationale était le candidat donné favori pour cette élection. Cependant, il a fait presque jeu égal avec Berlusconi. Certains qualifient l’ancien communiste originaire de l’Emilie-Romagne de « candidat normal de l’Italie ». Il a en effet des points de convergences programmatiques avec notre François Hollande. Sa campagne basée sur le slogan « l’Italie juste » n’aura pas suffi à faire la différence face à deux hommes qui savent manier les média et la foule. Beaucoup critiquent son jeu d’équilibriste entre une alliance avec la gauche de la gauche, les écologistes et avec Monti.

Bersani

Bersani, le “candidat normal”

 Au Drago Marino, la pizzeria de Pavia, bien fréquentée, ça parle politique. A une table, un sexagénaire et deux autres hommes un peu plus jeunes analysent les dernières déclarations post-électorales et pronostiquent la composition du nouveau gouvernement autour d’un café. Ils nous rappelleraient presque trois tifosi s’essayant à la composition de l’équipe de foot. Notre amie Victoria les observe avec attention : « Je ne sais pas qui sera le prochain président du conseil » nous lance-t-elle. « Notre système politique fait pitié », s’exaspère notre interlocutrice.

Dans les prochains jours, chaque chambre devra voter pour son président et présenter un gouvernement. Mais il est fort probable qu’en l’absence de coalition entre les partis, les italiens devront retourner voter.

Marvin Nsombi