Depuis le refus du pouvoir de signer fin novembre un accord d’association avec l’Union européenne, l’Ukraine plonge petit à petit dans une crise politique qui rappelle les heures les plus sombres du pays.

En décembre 2004, le libéral Viktor Ioutchenko porté au pouvoir par un grand mouvement de contestation pro-européen, fait annuler le scrutin présidentiel entaché par la fraude. Deux ans plus tard, pénalisé et paralysé par la « guerre du gaz » mené par son voisin russe, le pays plonge dans la crise économique. En réponse à cette situation, un gouvernement de coalition bleu-orange est nommé. A la tête de celui-ci, un homme : Viktor Ianoukovitch. Premier ministre, il est élu président du pays en 2010. Neuf ans se sont écoulés mais le pays semble aujourd’hui à nouveau frappé par une rivalité ancienne entre ukrainophones et russophones.

Victor Ianoukovitch (Photo : premier.gov.ru / Licence CC)

Victor Ianoukovitch (Photo : premier.gov.ru / Licence CC)

 

Refusant une association avec l’Europe lors du sommet de Vilnius, le président Ianoukovitch a clairement marqué sa préférence pour Moscou. Seules la Moldavie et la Géorgie, ayant résisté aux campagnes d’intimidations russes, ont paraphé l’accord avec l’UE. Ce revirement de situation de la part du président ukrainien n’a pas étonné la population qui, depuis l’annonce d’une pause dans les négociations, s’est réunie place de l’Indépendance ; symbole de la révolution Orange. Malgré la pression du peuple, le président n’a pas cédé.

Le début de la contestation

Le 30 novembre, face à une opposition de plus en plus forte dans les rues de Kiev, les forces de police ont violemment délogé les manifestants grâce à la présence massive et imposante de troupes d’élites, les Berkouts ; signe de la virulence de la répression dans la capitale. Parmi les opposants au régime : Vitali Klischko.

Vitali Klitschko (Photo : Vitali Klitschko, Klitschko Management Group GmbH / Licence CC)

Vitali Klitschko (Photo : Vitali Klitschko, Klitschko Management Group GmbH / Licence CC)

Boxeur et homme politique, il est actuellement l’un des leaders de cette contestation, mais surtout l’homme le plus écouté des manifestants. Ce dernier, suivi par des milliers d’Ukrainiens, demande la démission du président. Pour arriver à cet objectif, la population n’a pas hésité à descendre dans la rue pour exprimer son mécontentement, son exaspération de l’inertie devenue inhérente au pays.

L’Ukraine, un pays dominé par la puissance oligarchique

Faisant fi des contestations, des barricades et des manifestations au cœur du pays, Viktor Ianoukovitch continue ses visites officiels en Chine et en Russie. Face à cet excès de confiance de la part du président, l’opposition, bien que peu nombreuse au Parlement, a tenté de faire voter la démission du Premier ministre Mikola Azarov. Un échec sans surprise qui montre l’impossibilité pour l’opposition d’arriver à ses fins autrement que par l’occupation des rues. Face à un système dominé par l’oligarchie, cette opposition demeure impuissante. Les grands hommes d’affaires du pays sont liés au parti des Régions et ont une influence considérable sur l’Ukraine. Le pays est, de plus, gangrené par la corruption, comme le souligne le rapport de Transparency International qui lui attribue la place 144 sur  177 pays.

Dans les rues de Kiev, les manifestants accusent donc leur président d’avoir “vendu le pays” à la Russie. L’Ukraine reste depuis la crise, un pays en défaut de paiement, la dette s’envole et la faillite guette le pays. En choisissant de se rapprocher de son homologue russe, Viktor Ianoukovitch a choisi la facilité. Mais une question se pose. Lors de cette rencontre entre les deux hommes, le chef d’état ukrainien a-t-il réellement vendu son pays par une possible union douanière ? Pour les manifestants, la réponse à cette question est à l’image d’un de leurs actes : la destruction de la statue de Lénine, emblème de l’URSS. Cependant, Kiev et Moscou se défendent de toute union. C’est ce mutisme qui a contribué à augmenter la colère des opposants, désormais maîtres des rues de la capitale.

Vers une solution diplomatique ?

Face à ces deux camps, la diplomatie européenne essaye de ne pas perdre de contact avec le pays. La haute représentante aux affaires étrangères de l’Union, Catherine Ashton, a rencontré le président ukrainien à de nombreuses reprises. Ensemble, ils ont évoqué la reprise des négociations avec l’Europe mais Mme Ashton s’est montrée peu convaincue. La diplomatie américaine quant à elle, s’est dite inquiète et prête à prendre des sanctions contre l’Ukraine. Une situation qui semble donc loin d’être réglée.

Laura Bonnet