Ce dimanche 29 janvier, Benoit Hamon a remporté la primaire de la gauche. La campagne de l’élection présidentielle, avec son lot de surprises et d’incertitudes, est lancée.

Image : Marion Germa / Licence CC

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L’image est marquante. Manuel Valls n’a même pas eu le temps de terminer son discours avant que Benoit Hamon ne l’interrompe avec le sien. Priorité au direct et malheur au vaincu, l’ancien premier ministre, symbole de la gauche de gouvernement et – parfois à son corps défendant – du quinquennat Hollande dans ce qu’il avait de plus social-libéral, a été coupé par celui qu’on n’attendait pas, le frondeur, ministre éphémère de l’éducation nationale, déchu de son maroquin à la suite d’un coup d’éclat de l’éternel troisième homme des primaires de gauche, Arnaud Montebourg, lors de la fête de la rose de 2014.

Cette victoire de Benoit Hamon sur Manuel Valls est aussi celle de l’aile gauche du PS, des frondeurs et de la gauche utopiste, sur celle de la loi travail et de la déchéance de nationalité. Mais le vainqueur de la primaire – et il en est certainement conscient – aurait tort de se réjouir trop vite. Non seulement sa victoire pourrait marquer un éclatement du PS, mais le créneau de la gauche de la gauche dans la présidentielle est déjà occupé par un Jean-Luc Mélenchon dont l’expérience des joutes électorales de cette ampleur est sans commune mesure avec celui qui faisait figure d’outsider lors de la primaire.

Le candidat de la France insoumise ne compte aucunement se ranger derrière un candidat socialiste – si proches que soient leurs idées -  d’autant que les sondages de ces dernières semaines reléguaient le vainqueur de la primaire de gauche en cinquième position des suffrages du premier tour de la présidentielle. Si les sondages des prochaines semaines confirment cette tendance, Benoit Hamon pourrait se retrouver contraint d’entamer des négociations, avec Jean-Luc Mélenchon et/ou Emmanuel Macron, pouvant aller jusqu’à son retrait, de peur de diviser les voix de gauche et de conduire à un second tour Fillon-Le Pen.

S’il en est bien un que ce résultat doit réjouir, c’est Emmanuel Macron. Le déroulement de la primaire a confirmé la bonne intuition qu’il avait eu dans son entêtement – partagé avec Jean-Luc Mélenchon – de refuser de participer à la primaire de la gauche. La victoire de l’aile gauche du PS lui ouvre un boulevard au centre-gauche, complétant celui qu’avait laissé la victoire de François Fillon au centre-droit. Le candidat En marche risque de voir affluer, dans les jours à venir, un nombre non négligeable de soutiens issus des courants vallsistes et hollandais du PS. Certains bruits de couloir suggéraient, avant même le second tour de la primaire, la préparation, par certains élus et responsables de l’aile droite du PS, d’un texte de ralliement à l’ancien ministre de l’Economie.

La présence au second tour de l’élection présidentielle d’Emmanuel Macron est toutefois loin d’être acquise. Il n’a pour l’instant révélé son programme que par bribes et il va devoir s’adonner à un périlleux numéro d’équilibriste entre ses soutiens de gauche et de droite, mais aussi entre les soutiens politiques – dont l’expérience sera certainement bénéfique à la campagne et dont la présence renforce le sérieux de la candidature de celui qui n’a jamais été élu – et la volonté d’apparaître comme un candidat en dehors du système politicien.

Les accusations d’utilisation de fonds de Bercy dans le cadre de la préparation du lancement de son mouvement aurait pu porter un coup sérieux à la dynamique de la campagne si l’information n’avait pas été éclipsée par les soupçons d’emplois fictifs dirigés contre Pénélope Fillon, et la communication quelque peu maladroite de son mari en réponse à ses accusations. Le “Penelopegate” pourrait entacher durablement la campagne d’un Francois Fillon dont le positionnement résolument à droite et les promesses de réformes radicales effrayaient déjà la partie la plus centriste de l’électorat droitier.

D’habitude prompte à dénoncer et commenter les accusations visant ses adversaires politiques, Marine Le Pen a cette fois-ci été contrainte de rester discrète. En effet, des instances européennes lui demandent le remboursement de plusieurs centaines de milliers d’euros en raison d’assistants parlementaires européens ayant travaillé avant tout pour le parti frontiste à l’échelle nationale : toute prise de parole trop vindicative de la candidate bleu marine était ainsi risquée.

Quoi qu’il en soit, la victoire de Benoit Hamon à la primaire de la Belle Alliance lance concrètement la campagne présidentielle. Une campagne qui – si l’on se réfère aux résultats des primaires ainsi que des votes/élections récents outre-Manche et outre-Atlantique – promet d’être pleine de surprises et de rebondissements. Une période électorale qui semble déjà marquée par une forte aspiration de la part des électeurs à un réel changement – Exit les Hollande, Juppé, Sarkozy, Valls… Une campagne, enfin, où l’on espère voir le débat d’idées primer sur l’attaque partisane ad-hominem, et assister à des confrontations de véritables programmes et de projets de société clairement définis et réalisables.