Aujourd’hui, cela fait un peu plus de six mois qu’Emmanuel Macron a pris ses fonctions. Cela nous permet donc de faire un bilan de la situation politique en France. En effet, en s’affirmant « ni de gauche ni de droite », Emmanuel Macron s’est dénoté de tous les autres groupes politiques. En faisant ainsi, il a « explosé » les partis politiques traditionnels au moment de l’élection. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Comment est composée l’opposition et comment se fait-elle entendre ?

 

Le FN n’arrive pas à retrouver son élan de pré-élection 

D’une part, nous pouvons évoquer le concurrent qui s’est retrouvé face à Emmanuel Macron au second tour : le Front National. Alors que sa présidente, Marine Le Pen, gagnait de plus en plus de voix pendant les présidentielles, on la retrouve affaiblie et sans son panache d’antan. Elle assume elle-même que son débat de l’entre-deux tour était « mauvais » : depuis cet épisode elle est souvent discréditée de sa légitimité politique. Sa chute a donc commencé par ce débat raté pour continuer sur l’échec des élections législatives : le FN n’a pas assez de voix pour former un groupe à l’Assemblée Nationale. Ainsi les membres du parti se retrouvent minoritaires dans l’hémicycle : ancienne favorite des élections présidentielles, Marine Le Pen n’a plus de poids dans l’opposition qui devait logiquement lui revenir. Par ailleurs, le départ de Florian Philippot est un coup dur : il représentait une vision de l’Europe plus souverainiste. Le laissant partir, Marine Le Pen laisse donc aussi filer une partie de son électorat. De plus, Florian Philippot était à l’origine de la stratégie de dédiabolisation du FN : en le perdant, le parti perd son maître de la communication. Il tweete, le 21 septembre 2017 : “Peiné, je quitte le Front National. Mon engagement politique pour la France est intact“. A tout cela s’ajoute la tentative d’attentat des jeunes d’extrême droite durant le mois d’octobre : même si le FN n’a aucun rapport avec cette histoire, on relie tout de même le parti à ses jeunes car ils partageaient les mêmes idées politiques. Autre coup dur : les élections pour la présidence du parti les Républicains empiète sur le terrain du FN. En effet, certains élus d’extrême droite comme Robert Ménard ont avoué qu’ils partageaient un grand nombre d’idées avec Laurent Wauquiez. Enfin, il nous faut parler du passage de Marine Le Pen dans L’émission politique : les téléspectateurs et surtout ses partisans l’ont trouvée moins combative, comme si elle avait perdu sa poigne d’antan. Bien évidemment la perte de son immunité parlementaire joue aussi en sa défaveur. Aujourd’hui, le FN, qui devait être le premier parti d’opposition, n’est plus qu’un petit groupe d’élus tentant de se faire entendre sans jamais y parvenir.

A droite : un puzzle impossible à assembler

D’autre part, nous pouvons évoquer la droite française. Premièrement il faudrait évoquer brièvement le cas de Nicolas Dupont-Aignan : ce dernier aurait pu rassembler et devenir une voix de l’opposition mais au vu de son comportement lors de l’élection présidentielle, peu de gens le croit encore sincère. En effet, son volte-face avec le FN l’a décrédibilisé. Cependant, nous ne pouvons parler de la droite sans évoquer Les Républicains. Le parti s’est pris un cuisant échec : pour la première fois depuis le fondement de la Vème République, la droite n’était pas au second tour de l’élection présidentielle. Cette claque politique est due notamment au scandale de l’affaire Fillon. Tentant tant bien que mal de rattraper le coup pour devenir l’opposant principal d’Emmanuel Macron, le parti n’arrive tout de même pas à s’unir. En effet, en nommant un premier ministre et deux ministres (de l’économie et des comptes publics) issus de la droite, Emmanuel Macron a réussi à diviser le parti conservateur. Aujourd’hui les électeurs ne savent plus où donner de la tête : entre Les constructifs de Thierry Solère, les Libres de Valérie Pécresse (qui veulent être tous les deux des opposants « réfléchis » face à Emmanuel Macron) et le noyau de la droite dure menée par Laurent Wauquiez, les LR sont plus que jamais divisés. Laurent Wauquiez, candidat pour la présidence de LR se retrouve seul contre tous : au sein même de son parti, on le juge trop à droite, devenant ainsi le favori mal aimé. Ce rififi au sein du parti, additionné au fantôme permanent de l’échec de l’élection présidentielle, fait perdre en crédibilité Les Républicains et donc ses partisans s’en vont : certains se retrouve dans les idées d’Emmanuel Macron ou bien ne sont pas d’accord avec le tournant très à droite que prend le parti. Par ailleurs l’exclusion des « macron-compatibles » au sein de LR a semé la discorde. Nous sommes donc face à un parti émietté qui tente de se réunir sans y arriver, perdant ainsi son rôle dans l’opposition.

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Le PS en chute libre 

Par ailleurs, on pourrait évoquer le parti socialiste. François Hollande et son bilan n’ayant pas convaincu la majeure partie des français, cela pouvait sembler logique que le parti ne serait pas au second tour de l’élection présidentielle, mais on ne pouvait s’attendre à une telle débâcle politique : seulement 6,35% des français voulaient Benoît Hamon comme président. Ce score si faible était un présage de la destruction du parti : aujourd’hui il y seulement 31 socialistes à l’Assemblée Nationale. N’ayant plus assez de moyens, le parti doit même vendre Solferino, son siège historique. Malgré des efforts de reconstruction, le PS s’effondre et ne peut donc pas se faire entendre. De plus, les socialistes sont souvent discrédités : on se rappelle de l’altercation entre Bruno Le Maire et Olivier Faure (président des socialistes à l’Assemblée Nationale) où le ministre de l’Economie reprochait au député de lui donner des leçons alors que son parti avait un laissé un bilan désastreux. Par ailleurs, les anciennes figures emblématiques de la gauche n’ont plus de poids dans l’opposition : Cambadélis a essayé mais échoué, Belkacem et El Khomri sont quasi invisibles dans les médias… Seul Le Foll fait encore parler de lui mais pour son livre, ses attaques politiques ont moins d’effet. Même lui le dit chez France Inter : il remercie le présentateur d’inviter un membre du PS sur une radio, tellement cela est rare ces derniers temps ! Mais les deux personnes qui montrent la décrépitude du parti sont bel et bien Benoît Hamon, candidat malheureux à l’élection présidentielle qui se rapproche de Mélenchon tout en critiquant le PS, et Manuel Valls (qui était tout de même un représentant du PS, ancien frondeur et ancien premier ministre) est aujourd’hui dans les bans d’En Marche ! Son détachement au PS avec sa phrase mythique « ce n’est pas moi qui quitte le PS, c’est le PS qui me quitte » lui a valu beaucoup de critiques.

Manuel Valls (Source : Wikicommons)

Manuel Valls (Source : Wikicommons)

 

La France Insoumise : seul opposant réel ? 

A présent il ne reste plus que l’extrême-gauche de Mélenchon qui est considérée comme un opposant valable. Mais ce statut n’est pas acquis et est même souvent ébranlé. En effet, après la mesure sur la réduction de 5€ des APL, la réaction de la France Insoumise (qui ramène des achats correspondant au montant de cette baisse à l’Assemblée Nationale) a fait son effet : on en a longuement parlé et souvent salué le coup de communication ingénieux. Certes les membres de la France Insoumise se sont faits entendre et remarquer : on peut évoquer notamment le jeune Adrien Quatennens qui deviendra sûrement une figure emblématique du parti au vu de sa répartie. Mais ses clashs se font de moins en moins entendre car ils sont étouffés par les révélations sur ses collègues. En effet, Raquel Garrido ou encore Alexis Corbière qui étaient toujours aux premiers rangs pour s’opposer à Emmanuel Macron se font plus discrets. D’une part cela est dû au fait que les deux insoumis vivaient encore dans un HLM alors qu’ils ont tous les deux un revenu élevé. D’autre part, Raquel Garrido devenue chroniqueuse dans l’émission d’Ardisson, Les Terriens le dimanche, ne doit pas prendre parti et défendre les idées de Mélenchon sous peine d’être critiquée. Cela l’a même poussée à démissionner de la direction de la France Insoumise car en étant à la télévision, elle prenait du temps de paroles aux membres du parti : ce temps de paroles en moins était pour l’extrême-gauche un manque de présence pour faire passer ses idées.

Raquel Garrido (source : WikiCommons)

Raquel Garrido (source : WikiCommons)

 

Si l’on s’attarde sur le bilan de la politique française, on remarque bien une chose : tous les adversaires potentiels du gouvernement sont absents ou fortement affaiblis. Cela laisse donc libre champ à La République en Marche ! pour faire ses réformes sans réel opposition. Il faut donc reconnaitre une chose à Emmanuel Macron, qu’on l’apprécie ou non, il a réussi à diviser pour mieux régner : il est le seul roi sur l’échiquier politique face à quelques pions, à deux doigts de faire un échec et mat.

 

Clara Pierré