Parlonsinfo vous propose, en ce dimanche soir, de revenir sur ce qui a marqué l’actualité de cette deuxième semaine d’avril, en France et dans le monde.

Mohammed ben Salmane en visite à Paris

Dimanche dernier, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane (MBS) a démarré sa visite officielle de trois jours en dinant avec le président français Emmanuel Macron au musée du Louvre, à l’occasion du lancement de l’exposition Delacroix.

Emmanuel Macron a ainsi annoncé une conférence à Paris cet été sur l’aide humanitaire au Yémen, a assuré son “plein soutien à la sécurité de l’Arabie Saoudite” et a condamné “l’activité balistique venant des Houthis“. MBS s’est lui engagé à “moderniser (nos) règles d’engagement, la planification militaire et pour éviter autant que possible les victimes civiles”. Rappelons que le conflit au Yémen, qui dure depuis trois ans, oppose les forces gouvernementales soutenues par l’Arabie Saoudite aux rebelles houthis qui ont le soutien de l’Iran et qui occupent la capitale Sanaa.

Des accords commerciaux ont été signés entre les deux pays pour 18 milliards de dollars dans les domaines du tourisme, de l’énergie et des transports. On note la commande de 39 bateaux au chantier naval de Cherbourg, le projet pétrochimique conclu entre le français Total et le saoudien Aramco et le mégachantier que MBS veut confier aux Français : faire du site archéologique nabatéen de Mada’in Saleh, dans l’oasis d’Al-Ula, une grande attraction touristique. Ce projet incarne, selon l’Élysée, “la nouvelle dimension de l’amitié entre la France et l’Arabie saoudite“.

Polémiques sur la laïcité après l’intervention d’Emmanuel Macron devant les évêques de France

Le lien entre l’Église et l’État s’est abimé, il nous incombe de le réparer“, cette phrase, prononcée par Emmanuel Macron lundi devant la conférence des évêques de France au collège des Bernardins à Paris, a suscité de nombreuses réactions. “On attend un président, on entend un sous-curé” a déclaré Jean-Luc Mélenchon, tandis que l’ancien Premier ministre Manuel Valls a affirmé que “la laïcité c’est la France, et elle n’a qu’un seul fondement: la loi de 1905, celle de la séparation des Églises et de l’État. La loi de 1905, toute la loi, rien que la loi“.

Rappelons que la loi 1905, dite de séparation entre l’Église et l’État, assure la liberté de conscience et le libre exercice de culte (article 1) mais interdit la reconnaissance et toute subvention d’un culte ou d’un autre par l’État (article 2). Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a défendu le président estimant que son discours « ne rompt en rien avec la laïcité ».

Cette intervention du président français intervient dans le contexte de l’ouverture des états généraux de la bioéthique autour de la PMA et de l’euthanasie. Deux questions auxquelles Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, et l’épiscopat s’opposent.

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Emmanuel Macron Crédit : Kremlin.ru (Wikipedia Commons, licence CC)

Emmanuel Macron au JT de 13h jeudi 12 avril

Jeudi, Emmanuel Macron était à l’école primaire de Berd’huis, un village rural de l’Orne, pour répondre aux questions de Jean-Pierre Pernaut pendant près d’une heure pour le JT de 13h sur TF1. Le président a réaffirmé sa détermination à aller au bout de la réforme sur la SNCF, a remercié les retraités pour les efforts avec la hausse de la CSG tout en précisant n’avoir “jamais pris un retraité pour un portefeuille” . Il est revenu sur “l’impôt le plus injuste qui soit“, la taxe d’habitation, qu’il compte finalement supprimer pour tous les Français. Concernant la réduction de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, Emmanuel Macron a précisé que si aucune efficacité n’était constatée d’ici deux ans, l’expérimentation ne serait pas reconduite.

Près de 7 Français sur 10 ont vu entièrement ou partiellement l’intervention du président et 52% d’entre eux n’ont pas été convaincus selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro, publié vendredi 13 avril.

Ce soir à 20h35, en direct et pendant deux heures, le président accordera un entretien à Edwy Plenel (Mediapart) et Jean-Jacques Bourdin (RMC-BFMTV) depuis le théâtre national de Chaillot.

Blocage des universités : le bras de fer continue

La mobilisation contre la loi Vidal se poursuit. La contestation étudiante ne faiblit pas et plusieurs sites comme Tolbiac à Paris, le Mirail à Toulouse ou la Victoire à Bordeaux sont toujours occupés.

Cette semaine, c’est l’université Paris I Panthéon-Sorbonne qui a fait parler d’elle. Composée de plusieurs bâtiments répartis dans la capitale, dont Tolbiac et la Sorbonne, elle est ainsi touchée par un blocage conséquent depuis plusieurs semaines. Cours annulés, reportés, en live sur Facebook, les professeurs n’ont pas lésiné sur l’inventivité pour terminer leur programme.

À Toulouse, l'université avait déjà été bloquée pendant plusieurs semaines en 2014 - Crédits : Gyrostat (Wikimédia Commons)

À Toulouse, l’université avait déjà été bloquée pendant plusieurs semaines en 2014 – Crédits : Gyrostat (Wikimédia Commons)

Mercredi 11 avril, le président de l’université, Georges Haddad, a annoncé avoir demandé au préfet de police d’évacuer les sites occupés. Quiproquo, démenti dudit préfet, puis évacuation de la Sorbonne, seule la « Commune Libre de Tolbiac » tient bon. L’évacuation du site de la Sorbonne a eu lieu jeudi soir, alors qu’une assemblée générale s’y tenait. En une heure, les CRS ont évacué environ 200 manifestants.

Les CRS dans les amphis, une image qui peut choquer, déjà remarquée lundi soir, à Nanterre. Décidée par les dirigeants de l’université, l’évacuation musclée a suscité de nombreuses réactions du corps professoral, estimant que ce n’était pas une façon de rétablir le calme.

En ce qui concerne les examens, on se tourne déjà à Montpellier vers des examens dématérialisés, en ligne, encore faut-il que les serveurs ne soient pas piratés comme ce fut le cas mercredi. À Toulouse, Lille ou encore Bordeaux, on demande la validation des examens pour tous avec une note minimale améliorable. Si Toulouse se contente de la moyenne, Lille et Bordeaux exigent respectivement 12 et 15, ce qui semble peu probable. Vendredi, une quinzaine d’universités était toujours affectée par des blocages.

Blocage, fermeture ou perturbations dans les universités françaises au 13 avril #AFP pic.twitter.com/9MmOGV2z8u

Agence France-Presse (@afpfr) 14 avril 2018

Procès Tarnac : Julien Coupat et son ex-compagne Yildune Lévy relaxés

Dix ans après le déclenchement de l’affaire Tarnac, le Tribunal correctionnel de Paris a décidé, jeudi 12 avril, la relaxe de Julien Coupat et de son ex-compagne Yildune Lévy, pour les faits « d’association de malfaiteurs » et de « dégradation en réunion ».

« L’audience a permis de comprendre que le groupe de Tarnac était une fiction », a déclaré la présidente du Tribunal correctionnel de Paris Corinne Goetzmann. Le tribunal pointe les insuffisances de l’enquête qui n’a pas su prouver que Julien Coupat, Yildune Lévy ainsi que six autres prévenus étaient les auteurs du sabotage d’une ligne de TGV à Dhuisy (Seine-et-Marne) en 2008. Une décision attendue pour Jérémie Assous, l’avocat de Julien Coupat : « cette affaire, c’est l’histoire d’un acharnement. C’est un fiasco », a-t-il regretté.

Julien Coupat et son ex-compagne sont toutefois reconnus coupables du refus de prélèvement d’ADN mais sont dispensés de cette peine « compte tenu de l’ancienneté des faits ».

La quasi-totalité des huit prévenus a donc été relaxée, à l’exception de Christophe Becker, condamné à quatre mois de prison avec suris et 500 euros d’amende pour « recel de vols » (de cartes d’identité), « tentative de falsification d’un document administratif » et « refus de se soumettre à un prélèvement biologique ».

Notre-Dame-des-Landes : la tension ne redescend pas

Alors que le projet d’aéroport a bien été abandonné, les affrontements se sont déchaînés cette semaine et se poursuivent encore ce dimanche 15 avril entre les zadistes et les forces de l’ordre. Retour sur une semaine de tensions explosive.

lundi 9 avril : l’opération d’expulsion de la zone à défendre (Zad) a commencé à 3h du matin. 2500 gendarmes sont mobilisés. François de Rugy, le président de l’Assemblée nationale, estime que « l’opération menée depuis ce matin est ciblée et ne concerne que des occupants qui refusent le retour à la sérénité sur la zone. Elle comporte évidemment des risques pour les forces de l’ordre parfois soumises à des violences inacceptables. »

Mardi 10 avril : les forces de l’ordre ont repris l’opération massive d’expulsion des occupants illégaux. Les affrontements se sont concentrés non loin de la D281, la route dite « des chicanes », entre les « Fosses noires » et les « Vraies rouges ». 10 gendarmes blessés sont à déplorer. Côté zadiste, on compte 20 blessés, dont 4 plus sérieusement et 2 graves évacués à l’hôpital.

Mercredi 11 avril : l’opération d’expulsion reprend tôt le matin et tensions s’accroissent face à l’ampleur des destructions.

Jeudi 12 avril : « L’opération est arrivée à un point où tout ce qui était évacuable a été évacué. Il y aura maintenant, dans les prochains jours, un travail sous l’autorité de la préfète qui consiste à permettre aux projets agricoles légaux, organisés, de se faire », a déclaré le président de la République, Emmanuel Macron, au JT de 13h présenté par Jean-Pierre Pernaut sur TF1.

Vendredi 13 avril : la préfète de la région Pays-de-la-Loire, Nicole Klein a annoncé la fin officielle des expulsions des occupants illégaux sur la Zad. Elle a également tendu la main aux sudistes, appelant les occupants de la Zad, y compris les expulsés à déclarer leurs projets agricoles d’ici le 23 avril pour déclencher « un processus de régularisation ».

Samedi 14 avril : entre 6000 et 10 000 personnes ont manifesté à Nantes, vers 17h, en soutien aux occupants de la Zad. « Libérez les fossés, expulsez les blindés », ou « Ils ont voulu nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines », tels étaient les messages inscrits sur les pancartes et banderoles que brandissaient les manifestants avant que la situation ne dégénère. Des affrontements violents ont démarré dès 18h. Au total, une douzaine d’interpellation et environ 60 blessés parmi les forces de l’ordre tandis que des riverains ont été incommodés par des gaz lacrymogènes. La manifestation a causé d’importants dégâts au niveau des secteurs Duchesse Anne, Château des Ducs de Bretagne mais aussi à Bouffay et Commerce. « Ces violences et actes de vandalisme doivent cesser et je compte sur l’État pour agir avec fermeté et responsabilité en ce sens. », a déclaré la maire de Nantes, Johanna Rolland.

L’opération d’évacuation menée par les forces de l’ordre depuis lundi est la première d’ampleur depuis « l’opération César » qui avait viré au fiasco à l’automne 2012.

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni frappent la Syrie

Trump s'adresse à la nation après avoir autorisé l'envoi de missiles en Syrie

Trump s’adresse à la nation après avoir autorisé l’envoi de missiles en Syrie cc: Wikicommons

Samedi 7 avril, une attaque chimique a eu lieu à Douma, dans la Ghouta orientale. Paris, Londres et Washington ont accusé le gouvernement syrien. Donald Trump a annoncé par la suite via son compte Twitter une riposte militaire, qui a eu lieu dans la nuit de vendredi 13 à samedi 14 avril. Les gouvernements occidentaux assurent posséder les preuves de l’implication du régime de Damas dans l’attaque chimique ayant fait des dizaines de morts la semaine dernière, justifiant ainsi une intervention pour détruire son arsenal d’armes chimiques.

Ces frappes ont ciblé Damas et la région de Homs. Elles ont visé “le principal centre de recherche” et “deux centres de production” du “programme clandestin chimique” du régime syrien, a précisé, samedi dans la matinée, la ministre des Armées Florence Parly. Au total, 105 missiles français, britanniques et américains ont été tirés. Une “bonne partie de l’arsenal chimique” du régime de Damas a été détruite par ces frappes occidentales, a assuré le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. “Tous les missiles tirés par la France et sans doute par l’ensemble des alliés ont atteint leur cible”, a affirmé le chef d’état major des Armées François Lecointre, samedi en fin d’après-midi.

Cependant, l’intervention a été effectuée plusieurs jours après son annonce, ce qui aurait laissé le temps au régime syrien et ses alliés de s’y préparer. De plus, n’ayant pas été votée au Conseil de l’ONU, la légalité de l’action du point de vue du droit international est également remise en cause. Bachar Al-Assad a dénoncé cette “agression”, et la Russie et l’Iran ont suivi la même ligne, dénonçant les frappes occidentales. Moscou a, en outre, décidé de convoquer une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU pour condamner la décision de Paris, Washington et Londres. En vain.

“On s’affranchit du droit international avec pour objectif annoncé de le faire respecter”, commente Patrick Baudouin, avocat et président d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH). “Cela répond à l’idée qu’il y aurait une sorte de droit international humanitaire relevant de la ‘responsabilité de protéger’. Mais ce n’est pas une notion gravée dans le droit international”, souligne-t-il. Responsabilité de protéger, droit d’ingérence : ce sont des concepts vides de toute notion de droit qui permettent de justifier l’emploi de la force en dehors de tout cadre de responsabilité”, renchérit Françoise Saulnier, directrice juridique de Médecins sans frontières. “A force d’entorses à la légalité internationale, nous sommes en train de solder les acquis juridiques de la seconde guerre mondiale.”

Emmanuel Macron doit se rendre à la fin du mois de mai à Moscou. Cette visite n’est pour l’instant pas remise en cause.

 

Lara Baranowski, Marianne Chenou, Caroline Robin & Marie Sénéchal