Parlonsinfo vous propose, en ce dimanche soir, de revenir sur ce qui a marqué l’actualité de cette troisième semaine d’avril, en France et dans le monde.

Canel élu, le castrisme continue

Le nouveau dirigeant de Cuba, Miguel Díaz-Canel, a été élu le 19 avril par le Parlement, avec 603 voix sur 604. Né après la révolution de 1959, il n’a connu que Castro au pouvoir ; d’abord Fidel puis Raúl. Miguel Díaz-Canel n’est néanmoins « ni un parvenu ni un intrus » pour reprendre les termes de Raúl Castro. En effet, sa carrière politique s’est déroulée au sein du Parti Communiste Cubain, au sein duquel il a gravi les échelons progressivement. En 2003, il est nommé, sous ordres de Raúl Castro, premier secrétaire de la province de Holguin ; en 2006, vice-président du conseil des ministres chargés de l’éducation, de la science, de la culture et des sports et il devient en 2013 vice-président des conseils d’Etat et des ministres. Ainsi, Miguel Díaz-Canel a toujours été dans l’ombre de la présidence des Castro. Il a d’ailleurs représenté Cuba à plusieurs reprises sur la scène internationale, comme lors du sommet pour le climat à Paris en 2015, lors de rencontres avec Kim Jong-un, Barack Obama etc. Les premières déclarations du nouveau dirigeant sont claires, il compte « poursuivre la Révolution ». Et ce, d’autant que Raúl Castro n’a pas évoqué son départ présidence du parti, qui imprime la politique du pays. En effet, le PCC est constitutionnellement la « force directrice suprême de la société et de l’État ». Plus encore, l’ancien chef de l’Etat reste à tête de l’armée. Il faut noter par ailleurs que ce changement de Présidence implique des bouleversements plus grands : en effet Salvador Antonio Valdez devient premier vice-président du Conseil d’Etat, et c’est la première fois, depuis la révolution, qu’un Afro-Caribéen détient ce poste.

Le nouveau dirigeant de Cuba, Miguel Díaz-Canel(Licence CC - Presidencia El Salvador, Flickr)

Le nouveau dirigeant de Cuba, Miguel Díaz-Canel (Licence CC – Presidencia El Salvador, Flickr)

Elections anticipées en Turquie: Erdogan fragilisé?

Elles devaient se tenir dans un an et demi, elles auront finalement lieu le mois de juin prochain. Les élections présidentielle et législatives ont été ainsi avancées sur décision du Président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a justifié ce choix en invoquant la situation économique du pays et “l’accélération des développements en Syrie“. Après avoir lancé l’opération Rameau d’olivier contre les forces kurdes fin janvier 2018, il a qualifié d’ “appropriées” les frappes américaines, françaises et britanniques contre le gouvernement syrien.

Or, d’après la journaliste Ariane Bonzon, ces élections anticipées seraient dues à une perte de popularité: “Malgré un fort taux de croissance, l’inflation et le chômage sont bien là. […] La popularité du président repose avant tout sur le bien-être économique des électeurs qui lui savent gré de le leur avoir apporté durant ses quinze années de mandat passées. […] D’où l’importance d’avancer cette élection présidentielle.

S’il remportait le scrutin le 24 juin prochain, Erdogan pourrait disposer de deux mandats de cinq ans grâce à la nouvelle Constitution.

Évacuation de Tolbiac au petit matin

Une AG dans le campus de Tolbiac de l'Université Paris I, le 9 mai 2007

Une AG dans le campus de Tolbiac de l’Université Paris I, le 9 mai 2007 Crédits: David Monniaux (Wikimédia Commons – Licence CC)

Elle était devenue un symbole de la contestation étudiante, notamment depuis la vidéo enregistrée par des étudiants, accompagnés d’un chien, se revendiquant “auto-média”. Ils dormaient encore dans un amphithéâtre du site dépendant de l’Université Paris-I vendredi dernier, vers 5h du matin, quand l’intervention des CRS a eu lieu pour les déloger du site universitaire du XIIIeme arrondissement.

L’opération a été rapide. En une heure, le site a été évacué. Près de cent personnes y vivaient jour et nuit depuis la fin du mois de mars. L’évacuation du site avait été demandée par le président de l’université. Aujourd’hui, les dégradations se chiffrent à plusieurs centaines de milliers d’euros.

La faculté de Tolbiac était bloquée depuis le 26 mars par des étudiants opposés à la réforme de l’accès à l’université. La préfecture de police de Paris a déclaré que l’opération s’était déroulée sans incident tandis qu’Annliese Nef, maître de conférences dans cette université et opposée à la réforme, a affirmé sur BFMTV que l’intervention avait été « un peu plus violente qu’elle n’est décrite » et qu’un étudiant souffrait d’un traumatisme crânien.

Projet Daphne : des journalistes reprennent les enquêtes de la journaliste maltaise assassinée

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Daphne Caruana Galizia Crédits : Tozina (Wikimedia Commons – licence CC)

Le 16 octobre dernier, la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia a été assassinée. Elle enquêtait notamment sur des affaires de corruption, de blanchiment et de trafics. Son blog, sur lequel elle publiait toutes ces informations, inquiétait les dirigeants maltais.

Quarante-cinq journalistes de 18 médias internationaux – dont Radio France, Le Monde et France 2 pour la France – ont monté le “projet Daphne”. Ils ont repris ses enquêtes et publient sur la plateforme “Forbidden stories”. Créé en octobre dernier, le site sert à recueillir les enquêtes de journalistes disparus, les actualiser et les diffuser. Le groupe de journalistes internationaux a fait plusieurs révélations depuis le début de la semaine.

Le gouvernement maltais aurait mis en place en 2014 un programme permettant d’acheter un passeport maltais pour la somme de 1,2 million d’euros au total. Ce système de “golden visas” est géré par Christian Kälin et sa société Henley & Parteners (H&P). La journaliste avait dénoncé les liens étroits entre le banquier et le Premier ministre maltais Joseph Muscat. Elle était persuadée que Christian Kälin avait incité Joseph Muscat à lancer ce programme avant même qu’il ne devienne Premier ministre. La société H&P a ensuite touché près de 20 millions d’euros en quatre ans grâce au programme de passeports. Par ailleurs, le directeur de cabinet de Muscat, Keith Schembri, est soupçonné d’avoir touché des pots-de-vin de la part de candidats au passeport maltais.

Le « Projet Daphne » met aussi en lumière les activités de la Pilatus Bank, créée par le fils d’un milliardaire iranien, Ali Sadr Hashemi Nejad. Cette banque a permis l’entrée en Europe de capitaux liés à la dictature azerbaïdjanaise. Pour Daphne Caruana Galizia, la bénéficiaire d’une de ces sociétés offshore serait Michelle Muscat, la femme du Premier ministre maltais Joseph Muscat. S’il n’y a pas de preuve pour cette affaire, la Pilatus Bank est soupçonnée d’avoir blanchi des capitaux douteux en provenance d’Azerbaïdjan.

S’agissant de l’enquête sur l’assassinat de Daphne Caruana Galizia, les quarante-cinq journalistes pensent que les suspects, George et Alfred Degiorgio, et Vincent Muscat, savaient qu’ils s’apprêtaient à être arrêtés. Cette hypothèse accrédite la thèse de fuites au sein de la police maltaise. La géolocalisation de leur téléphone portable et des enregistrements accablent les trois suspects. Seulement, le mobile n’est toujours pas connu. L’avocat de la famille est persuadé que la journaliste a été tuée pour quelque chose qu’elle n’avait pas encore écrit.

Vincent Lambert : une nouvelle expertise ordonnée

Nouveau rebondissement dans l’affaire Vincent Lambert : le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a ordonné une nouvelle expertise médicale pour évaluer l’état de santé de cet homme, âgé aujourd’hui de 41 ans.

Retour sur les faits : en 2008, un accident de la route plonge Vincent Lambert dans le coma, qui se transforme en état de conscience minimal. Au fil des expertises médicales, il est établi qu’il ressent les émotions et la douleur, mais demeure nourrit artificiellement. Malgré la volonté du corps médical, il apparaît impossible d’établir un code de communication avec le patient. Au bout de 4 ans, en 2012, l’équipe médicale finit par interpréter le peu de signes donnés par Vincent Lambert comme un refus d’une poursuite de soins.

Le 10 avril 2013, elle décide que le maintien de soins (hydratation et alimentation artificielles) constitue une « obstination déraisonnable », comme le permet le Code de la Santé publique. Les soins sont alors progressivement cessés. C’est à ce moment que sa famille réagit. Ses parents souhaitent une poursuite de soins, car leur fils est vivant et présente des signes de conscience. Son épouse et son neveu, en revanche, soutiennent un arrêt des soins, car ayant conscience de la douleur, Vincent Lambert est en souffrance. Sa femme affirme également que son mari se serait prononcé quelques années auparavant contre l’acharnement thérapeutique si un jour il était victime d’un grave accident. Commence alors une bataille judiciaire opposant les parents de Vincent Lambert à son épouse et au corps médical, favorables à un arrêt des soins. Successivement devant le tribunal administratif, puis le Conseil d’État, allant même jusqu’à la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui estime en 2015 que l’arrêt des soins ne constituerait pas une atteinte au droit à la vie du patient.

Le 9 avril, le CHU de Reims au sein duquel Vincent Lambert est hospitalisé a à nouveau décidé l’arrêt des soins, face à l’absence d’amélioration de l’état de santé du patient. Le Dr Sanchez, à la tête du corps médical, a évoqué un « acharnement thérapeutique ». Le 20 avril, le tribunal administratif a ordonné une nouvelle expertise médicale à la demande des parents de Vincent Lambert. Cette expertise permettra de connaître la suite de cette affaire qui dure depuis 10 ans, cependant, aucune date n’a pour le moment été indiquée.

Lara Baranowski, Marianne Chenou, Mathilde Piriou-Guillaume & Marie Sénéchal