Editorial - Ces derniers mois, l’intolérance envers les religions semble avoir pris une ampleur considérable.

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Le 12 février, des militantes du mouvement Femen ont manifesté seins nus dans la nef de l’église Notre-Dame de Paris. Le quotidien Libération, pour son édition du 13 février, a choisi comme titre de Une: “Après le pape: Dieu démission!”. En octobre, un sondage Ifop pour le Figaro montrait une accentuation de la méfiance des Français envers l’Islam. Ce n’est pas peu dire que d’affirmer que les religions ne semblent pas être particulièrement en état de sainteté ces derniers temps.

Les religions vues comme un problème

L’intolérance – en général et plus particulièrement envers les croyances et les religions – semble connaitre une véritable progression, amenant méfiance et tensions. Dans une volonté d’hypersimplification médiatique, les religions sont ramenées caricaturalement à leurs composantes les plus extrémistes, celles-là même qu’un bon nombre de croyants ne reconnaissent pas comme étant représentatives de leur foi. Ces extrémismes – qui s’éloignent parfois considérablement de l’essence même des religions auxquelles ils affirment appartenir – se voient attribuer une surexposition médiatique et éclipsent les nombreux croyants qui sont, eux, intégrés et tolérants.

Dans un monde abreuvé d’un flux continu d’informations et assoiffé de buzz, le moindre débat – et a fortiori les débats plus sensibles tel celui du “mariage pour tous” – risque malheureusement d’être rapidement réduit à une surenchère – de part et d’autre – de propos exagérés et intolérants. La tolérance et la mesure ne vendent pas de papier et ne génèrent pas de clics. Une course à la phrase choc, à l’action militante la plus médiatisée, provoque une perte de toute forme de réflexion sérieuse et mesurée, de toute pondération.

On en arrive à une situation où une idée de la religion, construite à base de préjugés et nourrie par l’intolérance – elle aussi inacceptable – dont font preuve les extrémistes se revendiquant d’un mouvement religieux, provoque une forme de renouveau de l’anticléricalisme. Le prisme déformant des médias contribue à diffuser l’amalgame entre une institution religieuse, les extrémistes se réclamant de cette religion, et la foi personnelle de chaque individu. En somme, la religion est parfois amenée à être vue comme étant forcément néfaste. Interviewée par l’AFP, une des militantes Femen l’exprime clairement: “Pour nous, la religion est un problème”.

 Et la laïcité dans tout cela?

Le résultat de cette situation est un immense paradoxe: sous prétexte de combattre l’intolérance de certaines institutions religieuses, d’aucuns font preuve d’une intolérance envers les croyances religieuses. La laïcité est bafouée, détournée, prise comme excuse pour justifier un anticléricalisme militant.

Pourtant, l’article premier de la Constitution est clair: “La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.”

Il est normal que dans un pays comme la France, on puisse être confronté à une multitude de croyances et d’opinions. Il est plus que probable que chaque individu se trouvera à un moment ou à un autre confronté à des croyances ou à des opinions avec lesquelles il est en désaccord. Mais faire preuve de tolérance, c’est savoir respecter les croyances des autres. L’intolérance, quelle qu’elle soit, ne peut être que contre-productive.

Remettre en question des institutions religieuse peut être justifiée – comme peut l’être la remise en cause de toute autre institution quelle qu’elle soit -, mais il est vain de prétendre combattre l’obscurantisme par l’irrespect des croyances que peut avoir un individu. Il est peu probable qu’en combattant une forme d’intolérance par une autre forme d’intolérance, on aboutisse à une société plus apaisée.

David Bolton