Tribune – Jeune militant UMP, Paul Godefrood a défilé pour la première fois de sa vie lors de la “Manif pour tous”. Il nous raconte sa première manifestation.

Crédits photo: HazteOir.org (Licence CC)

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Autant le dire tout de suite, c’était, ce weekend, la première fois de ma vie que je battais le pavé le dimanche après-midi. N’étant pas de ceux qui sont favorables au pouvoir de la rue, je me suis toujours refusé à ce qui est trop souvent perçu par la jeunesse étudiante comme un rite initiatique, permettant de recréer chaque année l’illusion des révoltes étudiantes des années 60. Mais face à un projet de loi susceptible de menacer l’équilibre interne de notre société, les lois de la filiation et de la procréation, de remettre en cause les valeurs familiales et morales au profit d’un plaisir hédoniste immédiat et individualiste, j’ai décidé de connaitre ma « première fois » à cette occasion.

“Une grosse poignée” de manifestants

Rejoignant mes amis, avenue de la Grande Armée, je croyais me retrouver, aux dires des « spécialistes » se bousculant sur les plateaux télé, au milieu d’une foule de personnes âgées, conservatrices et réfractaires au changement, d’intégristes catholiques se lamentant d’une société amorale et déchristianisée ou encore de jeunes militants d’extrême droite cherchant à en découdre avec la police. Quelle ne fut pas alors ma surprise de croiser des centaines de milliers de familles, grands-parents, parents, enfants, de jeunes étudiants venus simplement manifester leurs convictions, sans haine ni sectarisme. La plupart d’entre eux ont fait des centaines de kilomètres pour battre le pavé, ont financé par leurs propres deniers l’organisation de cette manifestation, ont bravé le froid et le mépris de leur dirigeants politiques qui leur ont refusé le droit le plus élémentaire de défiler, les cantonnant sur une unique avenue en bordure parisienne et affirmant qu’une poignée d’individus ne changerait rien au débat. Plus d’un millions de personnes, ça fait une grosse poignée tout de même.

Alors que se succédaient sur l’estrade les personnalités du monde politique, religieux, associatif et juridique, un constat m’est soudain apparu : près d’un million et demi de personnes défilaient non pas pour eux mais pour les autres. Cette manifestation n’avait en effet rien à voir avec des droits acquis à préserver, des intérêts de caste, corporatistes, à protéger, un plus grand confort matériel à réclamer, elle n’avait pour ambition que de protéger les plus faibles d’entre nous. Ce fut bien le terme enfants qui fut le plus prononcé, celui au centre de beaucoup d’attentions, et non pas les termes de revendications, de droits, d’augmentation de salaires… On taxe trop souvent la « manif pour tous » d’être une manifestation réactionnaire s’opposant à ce que certains de nos concitoyens aient les mêmes droits que les autres. Or il est apparu aujourd’hui encore une fois que cette « manif » avait pour but de protéger les enfants plus que de discriminer les parents, de garantir donc une égalité des droits et de traitement entre enfants plus que d’instituer une nouvelle inégalité, qui ne manquera pas de les marquer profondément dans leur développement futur, celle de ne pas avoir comme les autres des parents de sexe différents.

“J’ai vu une France généreuse”

Et puis enfin, j’ai regardé autour de moi. Outre les familles tout ce qu’il y a de plus respectable, ces personnes âgées courtoises et ces jeunes souriants, j’ai vu le peuple de France que je croyais perdu. Drapeaux tricolores, blasons des différentes régions de France par milliers, de la croix occitane au lion des Flandres, la France qui travaille sans jamais se plaindre, qui se tait quand on la méprise, qui consent à l’effort ; cette France pour qui patrie, identité, valeurs ont encore un sens et ne sont pas des injures, cette France était debout. Des gens de toutes les confessions, de toutes les origines, de tous les âges qui se reconnaissent en un idéal, en des valeurs, avaient pour une fois décidé de se faire entendre, dans la joie et la bonne humeur, n’en déplaise à certains. Ici une famille invitant des jeunes à partager leur piquenique, là un étudiant prenant sur ses épaules un enfant pour qu’il puisse voir au loin. Dans un pays gangréné par la crise des valeurs et secoué par les difficultés économiques, qui doute de lui-même et s’interroge sur son avenir, j’ai vu une France généreuse, digne et sûre d’elle. Cette « manif », si elle n’empêche pas l’adoption de la loi sur le mariage homosexuel, aura au moins eu le bon goût de montrer que non, les Français ne sont jamais vaincus.

Paul Godefrood