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Michel Platini, président de l’UEFA, est sous le feu des critiques à cause du fair-play financier (photo: Getty Images | Licence CC)

 

Depuis le transfert de James Rodriguez au Real, beaucoup de gens s’interrogent sur les réelles modalités du fair-play financier version Platini. ParlonsInfo s’est penché sur les questions les plus récurrentes sur ce sujet.

  • Pourquoi le Real n’est-il pas sanctionné ?

En effet, le montant faramineux des derniers transferts madrilènes (Bale pour 91 millions, James Rodriguez pour environ 90 millions) couplé à peu de ventes (Higuain la saison dernière, et Angel Di Maria sur le départ cette saison) a de quoi interpeller. De plus, un socio en désaccord avec la politique économique du Président du club avoue dans les médias que la dette du club merengue s’élève à 541 millions d’euros. Dans ce cas, pourquoi le Real Madrid n’est-il pas inquiété par l’UEFA ?

La réponse vient du principe même du fair-play financier (fpf). En effet, les règles du fpf ne prennent pas en compte l’ensemble des finances du club, mais portent uniquement sur la balance économique, les dépenses ne doivent pas excéder les revenus sur la saison, sauf exception : « Pour être précis, les clubs peuvent dépenser jusqu’à 5 millions d’euros de plus que ce qu’ils gagnent par période d’évaluation (trois ans, la première période s’étant achevée en 2014 ndlr). Et leurs pertes peuvent même dépasser ce seuil jusqu’à une certaine limite, si elles sont entièrement couvertes par une contribution ou un paiement direct par le(s) propriétaire(s) du club ou une partie liée »

 

Cette limite est la suivante :
– 45 millions EUR pour les saisons 2013/14 et 2014/15 .
– 30 millions EUR pour les saisons 2015/16, 2016/17 et 2017/18. »
(Source : uefa.com)

Or, sur l’exercice écoulé, le Real Madrid a engrangé entre 530 et 535 millions en vente de maillots, droits de retransmissions et bonus de compétitions (dont 57 414 000 euros pour la seule Ligue des Champions), tous les voyants sont donc au vert pour un recrutement conséquent sans être dérangé par les instances de l’UEFA.

  • Quel est l’arsenal de sanctions à disposition de l’UEFA ?

 Pour faire respecter le fpf, l’organisme de contrôle de l’UEFA dispose de plusieurs degrés de sanction en fonction de la grandeur du déséquilibre, ou de la tentative ou non des clubs à réduire ce déséquilibre. Les sanctions complètes : la mise en garde, le blâme, l’amende, la déduction de points, la rétention de recettes provenant d’une compétition de l’UEFA, l’interdiction d’inscrire de nouveaux joueurs dans des compétitions de l’UEFA, la restriction du nombre de joueurs qu’un club peut inscrire pour participer aux compétitions de l’UEFA, l’exclusion de compétitions en cours et/ou de compétitions futures, le retrait d’un titre ou d’un mérite.

 

  • Pourquoi le PSG a fait appel des sanctions ?

S’il y a un déséquilibre, il est difficile de le contester. Cependant, dans le cas du PSG, le problème est différent. Ainsi, le club de la capitale dispose d’un contrat à hauteur de 200 millions d’euros avec QTA (Qatar Tourism Authority). Mais l’UEFA après inspection a décidé que la valeur de ce contrat était artificiellement élevée, et que sa véritable valeur était de 100 millions d’euros (créant de ce fait un déficit de 100 millions). L’UEFA a donc sanctionné le club de la capitale pour un déficit qu’ils ont eux-mêmes crée. D’où l’appel demandé par le PSG (et rejeté par l’UEFA).

 Pour rappel, le club parisien a été sanctionné d’une limite de sa masse salariale, la plus élevée d’Europe. Elle ne pourra plus augmenter. (Elle culmine actuellement à 240 millions d’euros.) Ses transferts seront limités. Dorénavant, le PSG aura l’obligation de vendre avant d’acheter. Mais, plus surprenant, il ne pourra débourser « que » 60 millions d’euros pour une seule star. En aucun cas, il ne pourra acheter deux joueurs à 30 millions ou trois à 20 millions d’euros. En Ligue des Champions, Paris ne pourra plus inscrire que vingt-et-un joueurs, dont huit formés localement. Quand ses concurrents européens, eux, pourront en inscrire vingt-cinq. Le PSG devra enfin régler une amende de 60 millions d’euros. Et ramener son déficit à 30 millions au terme de la saison 2014-2015, ce qui revient à le réduire d’un tiers.

 

  • Où va l’argent des sanctions ?

 L’argent récolté par les amendes sera redistribué. Cependant, les modalités de cette redistribution ne sont pas encore arrêtées. Les deux pistes privilégiées pour l’instant sont celles d’une redistribution aux équipes européennes (C1 et C3), ou une redistribution aux équipes non européennes appartenant au championnat de l’équipe sanctionnée.

 

  • Pourquoi le fpf est-il si contesté ?

 S’il est certain que l’économie du football doit être assainie, et que l’idée d’un fair-play financier est sans nul doute nécessaire, c’est son application actuelle qui est remise en cause. En effet, il ne prend pas en compte une grande partie des problèmes économiques du football (notamment les problèmes de dettes comme indiqué plus haut). De plus, le PSG, Manchester City (ainsi que les 9 autres clubs sanctionnés) rencontrent le même problème que les pays asiatiques avec le protocole de Kyoto : les grandes équipes européennes se sont formées en s’endettant sans compter et sans limites, et l’UEFA empêche désormais les nouveaux riches de faire de même. Un autre problème soulevé est celui rencontré par le PSG, à savoir la décision par l’UEFA elle-même de la valeur des contrats sans qu’on connaisse leur moyen de contrôle. Enfin, la légalité même du fpf n’est pas assurée (voir ci-dessous).

 

  • Le fpf est-il légal ?

 Lancé en 2011, et malgré le fait que l’UEFA travaille en relation avec la Commission Européenne sur ce dossier, la légalité du fpf sera examinée par les autorités de l’Union Européenne début 2015. Et certains experts se montrent déjà pessimistes sur les résultats de cette enquête. Michel Platini lui-même avoue qu’il n’est pas impossible qu’un recours légal existe pour le contrer « Nous n’avons aucune garantie. Les clubs nous attaqueront en justice s’ils le souhaitent et nous verrons bien », comme il l’a indiqué dans Le Parisien.

 En effet, le fair-play financier, s’ il est en accord avec les objectifs de santé économiques de l’Union, va à l’encontre de l’un des préceptes fondateurs de l’Europe : la concurrence car il crée une limitation des investissements.

 En conclusion, ce n’est pas tant le fair-play financier en lui-même qui est critiqué, il est vital de contrôler l’économie des clubs. Cependant, dans ses applications actuelles, cela ressemble plus à un acharnement contre les clubs détenus par des milliardaires pour faire un exemple. Nous verrons début 2015 si ce plan est viable, ou si ça n’est ni plus ni moins qu’une nouvelle lubie de Michel Platini.

 

Antoine Ballet