Avec les bidonvilles de Buenos Aires, théâtre de son dernier film, Pablo Trapero continue l’exploration de son Argentine natale.

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Le “bidonville de la Vierge” dans la banlieue de Buenos Aires. Julian et Nicolas, deux prêtres et amis de longue date, œuvrent pour aider la population. Julian se sert de ses relations politiques pour superviser la construction d’un hôpital. Nicolas le rejoint après l’échec d’un projet qu’il menait dans la jungle, où des forces paramilitaires ont assassiné les habitants. Profondément choqué, il trouve un peu de réconfort auprès de Luciana, une jeune assistante sociale, athée et séduisante. Alors que la foi de Nicolas s’ébranle, les tensions et la violence entre les cartels dans le bidonville augmentent.

Vingt-six ans après Mission qui valut la Palme d’or à Roland Joffé, Trapero se retrouve pour la troisième fois au Festival de Cannes. Moins chanceux que son prédécesseur il repart bredouille de la sélection Un Certain Regard. Son histoire d’évangélisateurs des bidonvilles n’est pourtant pas moins captivante que celle des frères jésuites du XVIIème siècle sur la terre des Indiens Guaranis. Sa mise en scène ne manque pas non plus de lyrisme, portée par de longs plans-séquences où se dévoile la misère des rues lépreuses, prêtes à chaque instant à basculer dans la violence. La peinture de ces quartiers où la pauvreté est poussée à l’extrême est assez juste, entre les dangers dus à la présence des narcotrafiquants et l’humanité des habitants soudés malgré l’adversité.

Parmi eux, ressortent les figures de Julian et Nicolas, les deux prêtres. Julian, interprété par Ricardo Darin, est engagé depuis longtemps dans ces quartiers et oeuvre au milieu des habitants pour améliorer leur quotidien. Vieillissant, coincé entre les réalités de la rue et la paperasse des institutions, religieuses ou d’Etat, il cherche le soutien de Nicolas, prêtre “gringo” appartenant à la génération suivante, plus jeune, plus sanguin aussi. C’est le Belge Jérémie Renier, récemment vu sous les traits de Cloclo, qui prête son visage au personnage de Nicolas. Les deux hommes signent là une interprétation de qualité, appuyé par Martina Gusman, compagne du réalisateur, qui campe la pétillante Luciana.

Une histoire passionnante, un casting brillant… par où pèche donc le film ? Paradoxalement, c’est peut-être d’être trop bien réalisé… trop proprement. Entre la visée documentaire et la virtuosité formelle, le mélange ne séduit qu’à moitié. Si l’engagement du cinéaste en sort transcendé, les émotions ont un peu de mal à émerger et la durée se fait légèrement sentir. Ce léger manque de spontanéité n’enlève rien à la réussite de l’entreprise et c’est au final bien peu en regard des qualités de l’oeuvre.

Matthieu Conzales