En plus de soulever l’opinion, l’accord, à hauteur de 50 millions d’euros, trouvé entre la Ligue et le club de la Principauté révolte jusqu’au sommet des instances du football. Sept présidents de clubs (dont 6 de Ligue 1) ont ainsi rédigé une lettre ouverte pour exprimer leur mécontentement. 

 

Si, sur le côté sportif, l’AS Monaco est attendu pour concurrencer le Paris Saint-Germain, le club du Rocher fait également parler de lui dans le cadre d’une affaire extra-sportive. Le siège social du club étant situé à Monaco, le club n’est pas soumis à la même fiscalité que les autres équipes de Ligue 1. Si le litige n’était pas réglé, les instances du football envisageaient même une rétrogradation en ligue 2 pour non-respect des conditions financières.

Sans en être arrivées jusque-là, les discutions se sont poursuivies tout au long de la première partie de saison. La solution la plus envisageable était un déménagement du siège social dans une ville voisine. La Ligue avait même posé un ultimatum : un déménagement avant le 1er juin 2014 sous peine d’exclusion du Championnat de France.

Les rumeurs allaient pourtant dans le sens d’un autre type d’accord, de l’ordre d’une compensation financière. Affabulations pour les experts, un communiqué de la Ligue datant du 24 janvier dernier semble pourtant leur donner crédit : “Réuni ce jeudi 23 janvier 2014, le Conseil d’administration de la LFP a autorisé le Président de la LFP à finaliser la transaction mettant un terme définitif au litige opposant la LFP à l’AS Monaco”.  Décision définitivement rendue publique par le club dès le lendemain. Le siège social du club restera donc sur le Rocher contre une compensation de 50M d’euros, payable en plusieurs tranches, à répartir entre les clubs professionnels.

Si cela semble juste de prime abord, il faut avoir à l’esprit que cette décision permet notamment au club monégasque d’échapper à la future taxe à 75%, soit d’économiser près de 60M d’euros par an sur les salaires de ses joueurs, soit environ 5M par mois. En comparaison, cette taxe coûtera environ 20M par mois au PSG.

Le salaire des stars de l'ASM, comme par exemple Radamel Falcao, ne sera pas soumis à la taxe à 75% (Photo:Juroxane/ Licence CC)

Le salaire des stars de l’ASM, comme par exemple Radamel Falcao, ne sera pas soumis à la taxe à 75% (Photo:Juroxane/ Licence CC)

Cet accord a donc soulevé les interrogations d’une bonne partie de la France du football, présidents de clubs compris.Les présidents de Caen, Lorient, Bordeaux, Marseille, Montpellier, Lille et Paris se sont élevés contre cet accord par le biais d’une lettre ouverte à l’attention des autres présidents de clubs. Ils les invitent à se joindre à eux afin d’obtenir l’annulation de cet accord qu’ils trouvent “précipité, peu transparent et insuffisant” [ Ndlr: la lettre est retranscrite dans son intégralité en fin d'article.]

Visiblement peu enclin à la discussion, Frédéric Thiriez a répondu assez sèchement sur les ondes de RMC: “Nos instances ont fonctionné de façon parfaitement régulière et démocratique. Que cinq clubs opposés à cette solution aient été mis en minorité lors du vote, après avoir pu largement exprimer leur point de vue, ne les autorise pas aujourd’hui à jeter le discrédit sur la régularité des procédures suivies. Il s’agit là d’une mise en cause inacceptable. En réalité, ce qu’ils veulent, en semant le désordre et la confusion, c’est faire pression avant la discussion sur la répartition des fonds versés par l’AS Monaco, afin d’être favorisés au détriment des autres clubs. C’est une position mercantile et irresponsable.

Le Président de la LFP a vivement réagi à cette contestation (Photo: Paris Foot Gay/ Licence CC)

Le Président de la LFP a vivement réagi à cette contestation (Photo: Paris Foot Gay/ Licence CC)

La LFP, déjà peu populaire dans le monde de football, notamment à cause des décisions de sa commission de discipline, vient donc en plus de s’aliéner les présidents de clubs. Ce qui est certain, c’est que contrairement à ce qu’indiquait le communiqué de la Ligue, cet accord est loin de clore définitivement la polémique.

Antoine Ballet

 

La lettre :

 Messieurs les Présidents, chers amis,

Comme vous le savez, la LFP a décidé, à la suite d’une réunion de son conseil d’administration du 23 janvier 2014, de conclure une transaction avec l’AS Monaco FC afin de mettre un terme définitif au litige opposant ce club à la ligue concernant la rédaction de l’article 100 du règlement administratif. Aux termes de cet accord, la LFP a accepté que l’AS Monaco FC puisse conserver son siège social dans la principauté de Monaco, où elle bénéficie d’un régime fiscal et social avantageux, en contrepartie du versement d’une compensation libératoire de cinquante millions d’euros à répartir entre les clubs professionnels selon des modalités qui n’ont pas encore été précisées. Cet accord transactionnel n’est acceptable ni sur la forme ni sur le fond.

1. S’agissant des conditions dans lesquels cet accord a été conclu, on peut regretter que le conseil d’administration ait été saisi en urgence, sans ordre du jour, et que ses membres aient dû se prononcer lors d’une réunion téléphonique sans connaissance du projet de transaction et sans vision claire de cet accord, dont nous ne connaissons pas encore les termes à ce jour. On peut également regretter que les modalités de vote applicables aux matières économiques, lesquelles permettent aux représentants de clubs d’avoir un poids prépondérant, n’aient pas été respectées dans cette affaire. Si elles l’avaient été, la majorité requise n’aurait – compte tenu des votes exprimés ce jour là – pas été atteinte.

2. Sur le fond, la transaction intervenue n’est pas satisfaisante : la LFP avait conduit des analyses qui concluaient que l’AS Monaco, du fait de sa domiciliation, bénéficiait d’un avantage moyen de 50 millions d’euros par an par rapport à un club de Ligue 1. C’est ce qui avait conduit le conseil d’administration de la LFP à modifier le règlement administratif en mars 2013 afin de prévoir, conformément au code du sport, que tous les clubs doivent avoir leur siège sur le territoire français. Dès lors, il est évident qu’un versement forfaitaire de 50 millions d’euros permettant de mettre un terme « définitif » au litige avec l’AS Monaco est très insuffisant et lèse les intérêts des clubs professionnels. Dans ce contexte, les dirigeants de clubs professionnels soussignés ont décidé d’engager ensemble une action contentieuse contre ce qui apparaît comme un arrangement précipité, peu transparent et insuffisant, afin de faire annuler la transaction intervenue.

A travers cette action, ce n’est pas l’AS Monaco FC ni la LFP qui sont visées, mais seulement l’équité sportive : les clubs doivent être en mesure de concourir sans que des distorsions sociales ou fiscales ne viennent fausser le jeu de la compétition.

Notre objectif, à travers la contestation de la transaction intervenue, est de parvenir à un accord équilibré entre la ligue et l’AS Monaco FC, satisfaisant au mieux les intérêts de tous les acteurs du football professionnel français.

Nous tenions à vous informer de cette action, à laquelle chacun d’entre vous est bien entendu invité à s’associer.

Nous restons à votre disposition.

Nous vous prions de croire, Messieurs les présidents, chers amis, à l’expression de nos sentiments distingués et de nos amitiés sportives.

 Jean-Louis Triaud, président du FC Girondins de Bordeaux

Jean-François Fortin, président du Stade Malherbe de Caen

Michel Seydoux, président de Lille Olympique Sporting Club

Loïc Féry, président du FC Lorient

Vincent Labrune, président de l’Olympique de Marseille

Laurent Nicollin, président délégué de Montpellier Hérault Sport Club

Jean-Claude Blanc, directeur général délégué du Paris-Saint-Germain