Entre abstention record et montée du Front national, Parlons Info décrypte pour vous les résultats du premier tour des élections municipales.

Le premier tour des élections municipales est parfois difficile à analyser. Il peut dans certains cas être ardu de distinguer précisément un vote à vote local d’un vote national. Les éléments de langage – plus que prévisibles -  des représentants tant du PS que de l’UMP en sont d’ailleurs la preuve. Ce n’est qu’un enjeu municipal, on ne peut pas tirer de conclusions d’un premier tour, nous expliquent les socialistes. Au contraire, c’est un désaveu clair du gouvernement, rétorquent les responsables de droite sur les plateaux.

Pourtant, il y a bien deux conclusions qu’on peut tirer dès ce soir : l’abstention atteint un niveau record, et le Front national a su poursuivre avec succès sa campagne de dédiabolisation et obtenir des résultats symboliques forts.

Une droite en position de force mais parfois bousculée par le FN

La tendance ne s’est donc pas inversée, l’abstention a atteint 37.09% à 22h30 selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, un niveau record pour un premier tour des élections municipales. En d’autres termes, plus d’un Français sur trois n’est pas allé voter dans des élections qui concernent pourtant l’échelon le plus local de notre système politique. Ces chiffres en hausse – qu’ils traduisent un désintérêt envers le fonctionnement politique du pays ou une méfiance envers des élus, notamment suite à la multiplication récente des affaires – ne sont pas à prendre à la légère. Ils traduisent une tendance qui se développe depuis déjà plusieurs années, mais peuvent aussi signifier que le deuxième tour pourrait apporter son lot de surprises en cas de remobilisation massive des abstentionnistes.

Une autre tendance de ces dernières années qui s’est confirmée lors de ce premier tour est la réussite de la campagne de dédiabolisation du FN menée par Marine Le Pen. Le Front national peut s’enorgueillir de voir ses listes ou celles du Rassemblement Bleu Marine arriver en tête dans certaines villes symboliques (Forbach, Fréjus, Béziers, ou Avignon, par exemple). A Hénin-Beaumont, dans une ville où le FN mène depuis quelques années déjà une lutte pour s’imposer sur un territoire historiquement de gauche, Steve Briois a même réussi à profiter des divisions d’une gauche minée par les affaires pour obtenir son élection dès le premier tour.

Face à cette montée du FN, si le PS compte maintenir l’application du “Front républicain” – c’est-à-dire qu’en cas de triangulaire avec le FN , le candidat de gauche se retirerait pour soutenir une liste de droite si celle-ci est mieux placée -, l’UMP a décidé de maintenir sa nouvelle stratégie du “Ni-Ni”, refusant de soutenir des socialistes qui feraient des alliances avec des partis d’extrême-gauche. Les listes de droite pourraient cependant parfois bien avoir besoin du soutien de la gauche dans certaines villes où le Front national a réussi de fortes percées.

A l’échelle national, il semblerait cependant que l’UMP puisse s’enorgueillir d’une relative position de force face une gauche qui risque de perdre plusieurs communes. Selon un sondage BVA Opinion pour Le Parisien-Aujourd’hui-en-France sur le rapport de force dans les villes de plus de 3500 habitants, la droite pointait à 20h à 48%, le PS à 43%, le FN à 7% et l’extrême-gauche à 2%.

 

Qu’en est-il des villes symboles?

Un certain nombre de villes emblématiques ne produisent pas – ou ont peu de chance de produire – de grandes surprises. A Bordeaux, par exemple, Alain Juppé est réélu dès le premier tour, tout comme l’est Jean-François Copé à Meaux. A Lille, en dépit d’un recul assez conséquent, Martine Aubry semble, elle, partir en position favorable pour le second tour.

Ce n’est toutefois pas le cas de tous les candidats socialistes sortant. Certaines villes détenues par la gauche pourraient être perdues par la majorité sortante. C’est le cas notamment à Pau, où François Bayrou a obtenu plus de 40% des voix dès le premier tour. Dans des villes comme Strasbourg ou Toulouse, conquises par la gauche en 2008, les maires sortants semblent en difficulté et vont devoir mobiliser l’électorat de gauche au second tour pour espérer remporter l’élection.

Si à Paris, la gauche semble en mesure de conserver la ville après le second tour, Nathalie Kosciusko-Morizet – bien que devançant légèrement Anne Hidalgo au premier tour – ne paraissant pas en posture de remporter les arrondissements-clé que sont le 12e et le 14e, à Marseille, ce serait plutôt la droite qui serait en bonne posture.  En effet, le candidat socialiste Patrick Mennucci ne pointe qu’à la troisième position derrière l’UMP et le FN.

 

Quoi qu’il en soit, ces résultats laissent présager une semaine politique intense et un deuxième tour pouvant offrir quelques surprises.

David Bolton