De notre correspondante au Chili.

En France, la commission des lois du Sénat a préparé le texte autorisant deux personnes du même sexe à se marier. Il sera examiné dans l’hémicycle à partir du 4 Avril. Aujourd’hui, le Chili tente lui aussi d’avancer dans cette voie…

Ce samedi 30 mars, des centaines de jeunes se sont rassemblés dans le centre-ville de Santiago. Ils ne demandent pas encore de lois comme dans nos pays européens, mais tout simplement le droit d’exister. Il est encore impensable pour un couple homosexuel de se tenir la main en public . Il faut attendre la pénombre des soirées, quand les rues se vident et qu’il n’y a plus de menaces. Les couples qui osent braver cet interdit risquent gros, et bien plus que de seuls regards réprobateurs. Ils s’exposent aux insultes et aux coups.

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Le rassemblement n’a encore rien d’une Gay Pride. Il y a bien un podium, où se succèdent les shows et les discours en faveur de la tolérance sexuelle, mais les démonstrations des jeunes restent timides. Personne ne s’aventure à embrasser sa moitié face aux carabineros, qui encerclent la manifestation. On sait que la police chilienne s’autorise souvent la liberté de frapper même lorsqu’il n’y a aucune raison de le faire.
Au Chili, il n’est toujours pas question d’avorter librement, pas question pour toutes les jeunes filles de prendre la pilule contraceptive et très mal vu d’aller acheter des préservatifs en pharmacie.
Le chemin est encore sinueux! Toutefois, malgré l’entrave intellectuelle imposée par l’Église catholique et les évangélistes, ces jeunes font part d’une grande ouverture d’esprit. J’ai interviewé trois amis homosexuels, unis dans leur combat pour que leurs préférences sexuelles soient reconnues et acceptées. Voici la retranscription d’un passage de notre discussion:

- Comment ça se passe dans votre vie de tous les jours?
- On est discriminés au Chili, il y a une discrimination permanente.
- Et par exemple, qu’est-ce qu’il peut t’arriver si tu tiens la main à ton petit copain dans la rue?
- Ils crient, t’insultent, te frappent parfois. Ici, il y a un groupe, qui s’appelle les « nazis* », ils viennent d’Allemagne et ils sont contre nous. Et donc, on ne peut pas avoir une vie heureuse ici, on ne peut pas tenir la main de son petit ami comme on pourrait le faire à Paris.
- Alors comment faites vous, il faut se cacher pour se retrouver?
- Oui, il me rejoint chez moi, ou alors je peux lui tenir la main à l’extérieur mais la nuit, quand il n’y a personne dans la rue. Tu vis avec cette peur en fait. Tu ne peux pas vivre librement! Je crois que le Chili est un pays qui n’évolue toujours pas sur le plan social. Parce que j’ai vu dans d’autres pays d’Amérique du Sud, en Argentine par exemple, c’est beaucoup plus libre.

* Beaucoup d’Allemands ouvertement nazis se sont exilés dans les pays d’Amérique du Sud, et plus particulièrement au Chili, après la défaite d’Hitler. A partir de 1973, le Chili est dirigé par le dictateur Pinochet, qui les accueille à bras ouverts..

Un des jeunes conclura sur le fait que dans sa propre maison, ses parents ont accepté son homosexualité, mais que « [son] père fait comme si rien ne s’était passé ». Il lui parle de petites copines, d’enfants et refuse de voir la vérité.
Finalement, il est plus dangereux et plus difficile d’assumer son homosexualité au Chili qu’en France, mais les mentalités ont du mal à évoluer dans les deux pays. Ici, des groupes d’extrême droite les menacent régulièrement.
Il y a 23 ans que l’organisme mondial de la santé a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Et 31 ans que l’homosexualité n’est plus considérée comme un délit en France.

La prise en compte par le législateur est un grand pas, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir pour bousculer des mentalités qui ne sont que trop figées.

Anaïs Denet