Tribune - Il y a quelques semaines, Paul Godefrood défendait la position de François Hollande quant à une intervention en Syrie. Il regrette que les dirigeants occidentaux aient finalement décidé de ne pas intervenir.

"Aucune nation n’était présente lors de la signature de l’accord de Genève entre russes et américains." (Photo: US MIssion Geneva - Licence CC)

Aucune nation européenne n’était présente lors de la signature de l’accord de Genève entre Russes et Américains. (Photo: US Mission Geneva – Licence CC)

Depuis quelques semaines, le monde assiste à un psychodrame digne d’un mauvais Feydeau. Après le gazage de sa population syrienne par le régime de Bachar Al Assad, les démocraties occidentales s’étaient enfin résolues à agir. On croyait déjà entendre les bruits de botte résonner dans les chancelleries des traditionnels alliés de l’Ouest.

Puis, les leaders des quelques pays qui avaient eu le courage d’assumer les responsabilités que leur incombait leur statut ont commencé à peser le pour et le contre : oui à la condamnation officielle, non à l’implication dans l’engrenage de la guerre civile. Qu’ils se débrouillent entre eux ! De tergiversations en reculades, Obama en est venu à organiser un vote au Congrès – après les vacances des sénateurs et représentants, on n’allait quand même pas raccourcir leurs congés pour si peu –, Hollande en est venu à attendre le rapport officiel des inspecteurs de l’ONU. Sans parler de Cameron qui a subi la fronde de ses propres députés et s’est décrédibilisé pour le reste de son mandat.

 

Un “miracle” arrivé de l’Est

Alors que les États-Unis, la France et la Turquie se préparaient à reculons à « punir » le régime syrien, le miracle est arrivé de l’Est. Après des années de blocage institutionnel dans les instances de l’ONU, après plusieurs vétos opposés à des résolutions du conseil de sécurité, après un soutien sans faille à Bachar Al Assad, la Russie a sorti de son chapeau une de ces propositions que l’on ne refuse pas. Afin d’éviter des frappes jugées inéluctables, on allait dépouiller la Syrie de ses armes chimiques. L’occasion inespérée de sortir de ce face à face la tête haute pour les occidentaux était enfin donnée par leur plus coriace adversaire. Triste ironie du sort. Encore plus triste si l’on considère que Moscou a prévenu qu’il refusera toute sanction si des manquements étaient avérés – au profit d’interminables enquêtes et résolutions à l’ONU -, et que les services de renseignement occidentaux détiennent les preuves que l’armée fidèle au régime est déjà en train d’éparpiller ses stocks. Le régime gagne du temps et nous humilie, le monde le voit et nous faisons semblant de ne pas nous en rendre compte, nous gargarisant du prétendu effet décisif qu’aurait eu la menace d’utilisation de la force.

Le plus dramatique dans cette affaire est l’image que nous renvoyons au monde. Alors que cette expédition punitive aurait pu passer pour une version moderne de la diplomatie de la canonnade, on assiste en réalité un échec total de notre prétention à assurer la stabilité de l’ordre mondial et légitime de ce fait sa multipolarité. La Russie et la Chine ont enfin réussi à symboliser le passage de flambeau de l’Ouest à l’Est en ce qui concerne la géopolitique mondiale : désormais, les États-Unis, flanqués de leurs « fidèles alliés » britannique et français, ne sont plus en mesure de dicter leur loi au monde. C’est désormais vers l’Est qu’il faudra regarder. Suprême déconvenue pour les puissances européennes, aucune nation n’était présente lors de la signature de l’accord de Genève entre Russes et Américains. Et dire que François Hollande pensait assurer la légitimité de la France dans les affaires du monde…

Paul Godefrood